Nov 7, 2005

Sorties nocturnes [Manang 3400m]

L'entrée dans Manang est longue. Nous longeons pas mal de petits magasins avant d'investir le coeur de la ville. Nous nous hâtons afin de pouvoir enfin nous poser. Cette fois, notre chambre est super : le soleil a donné toute la journée à travers la vitre. Il y fait bon ! Après un court repos, nous tentons une petite promenade dans Manang, histoire d'y trouver des vêtements chauds et un relais internet pour donner quelques nouvelles en Europe, chose que nous n'avons pas encore eu l'occasion de faire jusqu'ici. Nous sommes également très curieux de savoir ce qu'il se passe chez nous, n'ayant aucune nouvelle du monde extérieur. Tout notre univers tourne actuellement autour de nos étapes de marche. C'est une sensation très particulière, qui renforce notre sentiment d'être loin de toute civilisation. C'est plaisant mais ça nous manque tout de même, il faut croire, puisqu'arrivés au point internet de Manang, nous nous ruons sur les nouvelles internationales ! Apparemment, en France, les banlieues se soulèvent suite à des propos tenus par Sarko.

Après avoir donné quelques nouvelles, nous laissons rapidement place aux trekkeurs suivants. Nous savons que Suké nous attend "to order". Depuis le début du trek nous avons en effet pris l'habitude de lui signaler ce que nous désirons manger assez tôt dans la soirée. Il se charge ensuite de la transmission au gars du lodge.

Après le repas, nous faisons notre briefing habituel. Aujourd'hui, il y a plus de débat qu'à l'habitude : chacun a son avis sur la manière de découper les étapes à venir, et sur celle qui conviendra le mieux à nos organismes peu habitués à l'altitude. Doit-on faire une journée d'acclimatation ? Doit-on commencer à marcher ? Jusqu'où ? Il est finalement décidé d'en reparler le lendemain au petit déj' : nous ferons le point après une bonne nuit de sommeil.

Il n'y a plus d'électricité à Manang, suite aux avalanches qui ont emporté un groupe de 7 alpinistes français juste avant notre départ. Les avalanches ont également abimé les lignes électriques. C'est donc à la lueur de la bougie achetée dans le petit magasin juste à côté du lodge que nous prenons quelques notes de la journée. Notre frontale aide également, mais il ne s'agit pas de l'user trop d'ici l'ascension du col : nous en aurons besoin !

Une autre utilité de notre frontale depuis le début du trek est d'affronter la nuit pour nous guider jusqu'aux toilettes qui sont généralement à l'extérieur. C'est toute une épopée : il faut sortir de son sac de couchage, s'habiller en vitesse pour ne pas prendre froid, mettre sa frontale, chercher le PQ dans le sac, et se rendre jusque-là mal réveillé. Sur place, un seau d'eau fait office de chasse d'eau, ce qui est déjà nettement moins pratique quand l'eau est gelée...

Mieux vaut donc y aller le moins possible... le pire étant que le thé noir ingurgité à chaque repas ici au Népal est, bien entendu, diurétique. Le recours aux toilettes se fait donc au minimum une fois par nuit !

Pour une fois, je passe une bonne nuit au chaud !

View point

Ayant repéré la veille la vue superbe que nous risquions d'avoir sur les montagnes lors du lever du soleil, c'est à 5h ce matin que je me lève pour admirer le paysage. Il y a du vent. Tout le monde dort. Après avoir immortalisé le moment, je me presse vers mes plumes histoire de redormir un peu. Ce n'est pas simple car j'ai eu froid toute la nuit et ça continue. C'est donc frigorifiée que je me réveille un peu plus tard.

Après le petit déj', début de la rando à travers la forêt. C'est gelé par endroits. Un lac vert nous accueille, seul du genre dans les environs. Nous ne nous y attardons guère : il s'agit de marcher pour se réchauffer. Ca ne tarde pas : une ascension de 700m nous attend, ce que nous grimpons au rythme de l'escargot, cette fois. Vous remarquerez que nous sommes passés du caméléon à l'escargot ; c'est moins exotique mais plus représentatif : ça porte sa maison sur son dos et ça (en) bave. Un américain un peu fier nous en remontre sur la fin de la montée, arrivant à fond de balle : tout ce qu'il ne faut pas faire ! Quel c... !

Nous gagnons Ghyaru en haut de la montée, où nous prenons des photos avec ce qui, désormais, ne nous lachera plus : nos bonnets népalais.

La vue est superbe sur Annapurna III (7555m) et Gangapurna (7454m). Nous en profitons pour nous en mettre plein la vue et souffler, avant de reprendre notre marche. Suké nous annonce un long "flat" aussi "flat" que je suis la soeur de Jean-Jacques Goldman ! 'zont une drôle de notion du plat les népalais !

L'étape est longue. On en a plein les pattes et il nous est difficile d'apprécier les yacks rencontrés à l'entrée de Manang tellement nous sommes pressés d'arriver. Le soleil s'est caché derrière les montagnes. Encore un petit effort et nous y serons...

Nov 6, 2005

Silence, on prie ! [Pisang 3200m]

Avant de s'installer dans le lodge, nous allons visiter Upper Pisang, non pas nécessairement pour "le fun" mais pour mettre toutes les chances de notre côté en ce qui concerne notre capacité à supporter l'altitude. Upper Pisang, comme l'indique son nom, est la partie supérieure du village, qui nous paraît bien haut, avec toutes les marches qu'il y a à escalader pour y arriver ! N'écoutant que notre courage, nous voilà embarqués dans une ascension où nous commençons sérieusement à ressentir le poids de l'altitude. C'est comme dans les randos de vtt : ils devraient inscrire "ouf" en haut de la montée ! Nous arrivons donc à Upper Pisang un peu essoufflés mais en forme malgré tout. Nous y visitons le monastère "nu-pieds" puisque c'est la règle. C'est très "chargé" comme "déco", dirons-nous, mais c'est finalement joli avec toutes les couleurs vives et les peintures du style "thankhas".

Dans le village, nous retrouvons une fois de plus de nombreux moulins à prière auxquels nous ne résistons pas : silence, on prie ! Guillaume et Cyril en profitent pour faire les marioles en imitant la position favorite des népalais. Nan c'est pas du Kamasutra !

Une fois redescendus c'est une hot shower qui nous attend ! Ca ne nous empêche pas d'être à moitié congelés quand-même. Guillaume jure que c'est sa dernière douche : on ne l'y reprendra plus. Nous passons la soirée en haut du lodge autour du feu, à faire quelques cartes et quelques notes, en attendant le repas. Les népalais sont en grande conversation tandis que deux anglais font également leur carnet de bord près du feu. Il faut dire que le feu est le seul endroit supportable du "campement". Une fois le repas avalé, nous nous couchons immédiatement. J'ai même mis la photo, pour ceux que ça intrigue. Hein Manu ?!

Même pas peur !

Départ ce matin à 8h après un bon pancake, un bol de muesli and hot milk (histoire de faire bouillir les bactéries : je les préfère cuites que crues) et un oat porridge pour Guillaume. Ce jour, nous logerons à 3200m d'altitude, à Pisang. La route est moins longue que la veille et la forme y est. Nous avalons les 5h de route sans trop de problème.

Les conversations tournent souvent autour de ce qui nous attend après Manang : va-t-on supporter les nuits en altitude ? Comment vont se passer les deux grosses journées de marche à plus de 4000m ? Va-t-on être capables de grimper 2000m de dénivelées en deux jours ? L'angoisse monte chez chacun, ou alors c'est encore une vue de l'esprit qui n'appartient qu'à moi. Disons pour être sûre que "l'angoisse monte chez moi". Ca au moins j'en suis sûre. Ceci dit, les français croisés sur les chemins (les "Base camp" notamment) partagent également mon inquiétude, d'autant plus qu'il nous arrive de croiser des gens dans l'autre sens, revenant en fait de Manang, n'ayant pu supporter l'altitude. Résultat : ils doivent rebrousser chemin, et se taper les 10 jours de trek accomplis jusque-là en deux jours ! Très peu pour moi. Il est absolument hors de question que je doive faire demi-tour ! Je veux passer ce p... de col !

Les astuces sont nombreuses par rapport à l'altitude. Tous les petits trucs sont évoqués : boire de la soupe à l'ail (beurk mais je m'y suis mise pour la bonne cause... en plus, de toutes façons, vu notre odeur générale c'est pas un bol de soupe à l'ail qui va changer quelque chose) ; s'hydrater +++ comme on dit dans le jargon médical ; marcher doucement (même si vous avez l'impression de perdre l'équilibre tant votre démarche est lente... en gros, il s'agit d'imiter le caméléon). Un autre petit truc est de monter plus haut dans la journée que l'altitude à laquelle vous dormez le soir. C'est un super truc mais un peu fatigant : monter à 4000m pour loger à 3200m, c'est tout de même se taper 800m de dénivelées positives pour rien ! La liste est encore longue : prendre de l'aspirine en préventif (1/2 le matin et 1/2 le soir) afin de fluidifier le sang et de favoriser la circulation ; ne pas prendre froid et donc ne pas trop se découvrir malgré la chaleur bien présente en journée ; ne pas manger gras (ça, on respecte malgré nous) ; bien dormir et bien manger même si le mal d'altitude peut nous empêcher de bien le faire (il paraît que si la veille de l'ascension on n'a pas faim, c'est fichu d'avance).

La liste des petits remèdes de grand-mère pour passer le col nous rassure quelque peu face aux symptômes du mal de l'altitude énumérés dans notre guide : on peut ramasser un oedème cérébral ou pulmonaire. Pour l'un, on meurt en 6h. Pour l'autre, en 12h. Le seul remède contre les oedèmes est de redescendre. Pour autant qu'on ait pu capter qu'on avait un oedème ! Et c'est bien là toute l'angoisse ! Le premier symptôme de l'oedème est le mal de tête. Or, nous avons mal au crâne en permanence. On a d'ailleurs fait sa fête au tube de Dafalgan, nous qui en prenons si rarement à l'habitude. Nous saignons légèrement du nez également. Par contre, il est écrit dans le guide que l'oedème engendre également des nausées, puis quand l'oedème est avancé, de la confusion. Ca, on n'a pas. Enfin j'ose espérer. On nous l'aurait dit, tout de même !?

Ce qu'en dit un site spécialisé sur le trekking au Népal : "Lorsque le corps n'arrive pas à s'ajuster en raison de la trop grande rapidité de l'ascension, les premiers symptômes du mal d'altitude apparaissent : grande fatigue, mal de tête, nausée, perte d'appétit, sensation de vertige, insomnie. Si ces symptômes sont ignorés, la maladie peut dégénérer en une forme plus sévère et entraîner un oedème cérébral et/ou un oedème pulmonaire de haute altitude, lesquels peuvent entraîner la mort rapidement si l'on n'agit pas de la façon appropriée". Glups !

Ce jour, comme la veille d'ailleurs, nous avons pu apercevoir Annapurna II. Chule East est en vue également, un autre des 14 sommets du monde à atteindre les 8000m. Pisang Peak, du haut de ses 6000m (on aurait presqu'envie de dire 6000m seulement) est très connu à Manang et très escaladé : il n'est pas trop haut et offre une ascension très technique. Suké nous raconte que des alpinistes qu'il connaît y ont trouvé la mort.

Bien peu concerné par les histoires d'alpinistes ou d'oedèmes, un yack broute tranquillement.

Le midi, nous prenons un chouette repas en cours de route à un endroit ensoleillé. Et après une dernière heure de marche, nous arrivons à Pisang (Low Pisang), joli petit village en pierre. De nombreux moulins à prière nous accueillent. Avant d'arriver en haut, nous en aurons fait des prières pour rester en bonne santé jusqu'au sommet ! Avant de nous installer dans le lodge, nous allons visiter Upper Pisang histoire d'appliquer l'un des remèdes contre l'altitude : monter plus haut que là où l'on dort. Mais ça, c'est pour le prochain post...

Nov 5, 2005

Le gras c'est la vie [Chame 2670m]

Etape annoncée aujourd'hui : Dharapani - Chame. C'est pas le tour de France, mais ça y ressemble un peu : il y a des étapes, des jours de repos... ah non, j'oubliais : le seul mode de dopage auquel nous serions positifs (enfin, je parle pour moi) est le cho-co-lat ! Rien de bien méchant sinon que c'est un mode de dopage peu efficace. Ceci dit, en trek, nous avons peu l'occasion de grignoter, si ce n'est les barres de céréales importées tout droit de Belgique (que nous conservons au cas où) et les quelques mignonnettes planquées au fond de mon sac. Si celles-ci étaient vouées, au départ, à faire découvrir le chocolat belge aux népalais, leur mission a changé de voie en cours de route : elles servent désormais à m'offrir un moment de bonheur eu soirée, avant de m'endormir. A la lumière de ma frontale, je m'offre ce petit moment très différent de ce que nous vivons le reste de la journée. Je n'ai jamais autant dégusté un petit morceau de chocolat ! La civilisation a au moins ça de bon : le chocolat Côte d'Or. Je m'étais d'ailleurs jurée, lors de ces moments de dégustation, d'écrire à Côte d'Or pour leur faire part de ma gratitude. Car le Dhal Bath, les momos, et les chapati, c'est bien bon, ça nourrit, mais il y manque un petit quelque chose de plus raffiné pour contenter mes papilles gustatives.


Mes compagnons de trek, eux, parlent de fondue et de raclette. Je vois que je ne suis pas la seule à rêver de bouffe un peu plus sophistiquée (entendez 'grasse'). Le gras c'est la vie ! Hein Cyril ?!

Personnellement, j'en ai plein les pattes. J'ai mal aux pieds et je suis plutôt impatiente d'arriver. Nous avons droit à quelques obstacles un peu "gazeux", ce qui rend le parcours encore plus dépaysant : un passage sur des échelles faites maison nous met en jambes. En réalité, nous empruntons une route en cours de construction, c'est pourquoi c'est un peu scabreux. Le mode de construction est tout aussi impressionnant que les pierres qui roulent sur les rochers au-dessus de nous, ce dont nous devons nous protéger en passant un à la fois, pendant qu'un autre guette pour prévenir des "éboulements" éventuels. De nombreux jeunes népalais, mais aussi d'autres plus âgés, sont accroupis en train de casser du caillou. Ils défrichent et cassent les roches qui se trouvent en travers du chemin. Ca risque de prendre des années ! Les conditions de travail sont ahurissantes, et nos moyens technologiques paraissent d'un confort extrême au vu de ces "esclaves" qui se tuent la santé dans les montagnes. Un petit groupe nous accoste, nous demandant de les photographier, nous refilant ensuite leur adresse e-mail pour qu'on leur envoie la photo. C'est leur manière de tisser des liens avec les européens, profitant ensuite du contact initié pour tenter de se faire envoyer quelques petits cadeaux.

Une fois les obstacles franchis, au détour d'un virage, nous avons l'immense plaisir d'apercevoir pour la première fois l'Annapurna ! Du haut de ses 7937m, l'Annapurna II est magistral. L'Annapurna a plusieurs sommets, le plus haut dépassant les 8000m.

On arrive tard à Chame, vu la longue marche aujourd'hui. Chame est un joli petit village, un peu différent des précédents : c'est soigné, les maisons sont en pierre, et le lodge est "super confort" (tout est relatif, entendons-nous). Nous sommes en fait, en entrant dans Chame, entrés dans le district de Manang, ce qui explique les légers changements de décor dans les villages, et la présence de plus en plus importante de moulins à prière, de stupas, d'encens. Nous nous rapprochons en fait de la région du Tibet. Les repas eux aussi changent : des spécialités tibétaines sont proposées, notamment du steak de yack et du thé au beurre de yack. Celui-ci ressemble à du lait russe et n'a plus du tout le goût du thé. Ce n'est pas spécialement mauvais mais ce n'est pas bon non plus. Nous passons la soirée près du feu à Chame et passons une bonne nuit de sommeil malgré le froid qui gagne.

Nov 4, 2005

Hot and cold [Dharapani 1700m]

Aujourd'hui, nous nous rendons à Dharapani. Nous rencontrons de nombreux ponts suspendus et quelques gués. La vallée où nous nous retrouvons est de plus en plus encaissée. Les montées s'annoncent car il va bien falloir commencer à grimper ces montagnes dont nous sommes de plus en plus proches !

Au passage, nous croisons des villageois et des enfants qui jouent à un jeu qui ressemble au billard : il s'agit de pousser des jetons dans des trous, par le biais de ricochets avec d'autres jetons.

Notre pressentiment se confirme après avoir marché un certain temps dans le fond de la vallée : nous entreprenons maintenant une longue montée sous le soleil. Nous nous arrêtons ensuite à Tal pour déjeuner. Nous redémarrons assez vite et terminons notre marche du jour vers 15h, ce qui nous laisse le temps de profiter de l'eau chaude (!) que nous offre le lodge, avant que le soleil ne tombe. Il n'est en effet pas très marrant de se doucher une fois le soleil disparu, car à cette altitude, le fond de l'air est frais et le fait de se doucher nous refroidi. Il nous faut alors 1h dans notre duvet pour nous réchauffer.

La fraîcheur s'installe. Nous ne sommes pourtant qu'à 1700m d'altitude pour l'instant. Les 5416m qui nous attendent nous apparaissent d'un coup un peu surréalistes. Pourtant, nous ne sommes pas encore trop fatigués. Les nuits sont généralement bonnes, même si je me bats régulièrement avec mon sac de couchage. Si la fraîcheur est de mise en soirée, ce n'est pas le cas en journée : dès que le soleil apparaît, la température remonte. A l'arrêt, c'est l'idéal. En montée, on sue ! Un grand jeu très vite lassant commence alors : un brin de vent et un terrain plat nécessitent notre veste polaire. Une montée, avec ou sans vent, nécessite de retirer la veste. Arrêt repas ? Il faut se rhabiller. Tout cela avec du matériel photo dans les mains et un sac sur le dos. Autant dire qu'on en arrive vite à se résigner à mettre la veste en permanence ! C'est ce que font d'ailleurs les népalais depuis le début du trek, ce qui nous étonnait un rien au début.

Nov 3, 2005

No war no peace ! [Jagat 1350m]

Nous quittons ce matin Ngadi pour Jagat, que nous rejoindrons dans le courant de l'après-midi. Notre nuit a été bonne : le lodge était propre et accueillant. Nous sommes donc fin prêts pour rattrapper les heures de marche en moins de la veille. C'est aujourd'hui le premier long jour de marche (environ 6h), mais les dénivelées sont encore raisonnables, ce qui nous laisse le temps d'apprécier le paysage et les particularités du trekking : le chemin est assez fréquenté, par toutes sortes de gens. Par les touristes, qui goûtent, comme nous, aux joies de la randonnée, mais également par les autochtones, qui parcourent des kilomètres à pied pour rejoindre Kathmandou pour passer l'hiver. Il faut dire que l'hiver est rude en Himalaya, et les villageois profitent de la saison touristique pour faire des économies, ce qui leur permet ensuite de subsister plusieurs mois à Kathmandou loin de chez eux. Nous sommes à la fin de la saison touristique, et certains népalais sont déjà en route vers la capitale. Mais il y a également d'autres voyageurs : ceux qui "véhiculent" de la nourriture ou du matériel dans les villages. Ainsi, un troupeau d'ânes nous précède ou nous suit, selon les moments. Les doubler n'est pas une mince affaire, le chemin étant très étroit par endroits. Il nous semble que notre guide a plutôt peur des ânes, ou du moins, il ne les aime pas. Ceux-ci transportent de gros sachets de riz ou même des bidons d'essence. Le plus cocasse, ce sont les porteurs qui emmènent sur leur dos, dans des cages, des poules ou même des petits cochons... qui font l'admiration des touristes que nous sommes.

Nous prenons un déjeuner très agréable à Spanje en face d'une chute d'eau. Je profite de l'intermède pour juger du poids des sacs transportés par notre porteur, Donny. Il porte à la fois mon sac et celui de Guillaume, et j'ai bien du mal à hisser ce poids énorme sur mes épaules sans me croquer le dos. Une fois le sac sur le dos, je me sens comme "skotchée" au sol. Je ne me vois pas du tout refaire ce que je viens de faire avec cette masse sur le dos ! Expérience concluante : ma culpabilité se dissipe !

Après le repas, nous redémarrons pour deux heures de marche où nous pouvons admirer de nombreuses rizières. Nous passons la soirée dans un lodge un peu pouilleux à Jagat, après avoir acheté un très joli bonnet népalais comme tous les touristes qui se sont arrêtés dans ce village.

Dans la soirée, Suké, le guide, nous signale qu'il a un "big problem" : un maoïste a investi sa chambre. Nous devons nous réunir pour l'écouter. Ce qu'il a à dire est très simple : we need to pay ! Sinon, c'est demi-tour. Le racket n'est pas trop important : nous devons nous démunir de 1000 roupies par personne, soit environ 12 euros. Il appelle ça une "taxe", similaire à celle que nous devons payer lorsque nous atterrissons sur un territoire. Ce sont les taxes d'aéroport, qui reviennent à l'état. Les maoïstes, eux, contestent le pouvoir établi. Ils ont leur propre "gouvernement", qui ne voit pas la couleur de ces taxes perçues par les autorités. Ils en ont donc créé une, qu'ils viennent récolter auprès des trekkeurs, via des menaces qu'il s'agit de prendre au sérieux, puisqu'ils sont tout de même armés.

Après s'êtres acquittés de notre "taxe", nous discutons quelques minutes avec le maoïste en question. Il nous explique que pour eux : "No war no peace". Ils estiment que le gouvernement actuel est une dictature, le roi Gyanendra s'étant octroyé les pleins pouvoirs après avoir fait assassiner son propre frère. A l'heure où nous lui parlons, les maoïstes sont surtout présents dans la région du Tibet et dans les montagnes. Ils ne comptent investir Kathmandou et Pokara que dans trois mois environs, car actuellement, c'est la trève. Les maoïstes auraient une armée d'un million de personnes.

C'est ce que nous avons pu comprendre de cette discussion avec celui qui nous appelons "le maoïste", qui parlait l'anglais, il faut le dire, comme une vache espagnole. D'ailleurs, ses explications de certaines métaphores relatives à sa vision de la guérilla sont restées impénétrables...

Après ce petit intermède "politique", nous retrouvons avec plaisir nos plumes pour une nuit bien méritée.