Sep 1, 2003

Rame, rame, rameur, ramez !

Cher Rotverdum,

Je suis bien contente d'être rentrée en Belgique. Je ne sais trop dire pourquoi en fin de compte, mais le seul fait de revoir mes amis y est déjà pour beaucoup. Me voilà donc assise entre deux chaises : nous travaillons, nous avons un logement, mais nos meubles sont toujours dans le bateau !
Rame, rame, rameur, ramez, on n'avance à rien dans c'canoë !
Bref, tu t'en doutes, on squatte chez les potes, nos valises à la main. Mais elles finissent par peser lourd, ces valises ! On aimerait se poser, enfin être chez soi… C'est donc avec impatience que nous attendons le jour J, le jour où enfin, nos p'tites affaires retoucheront à nouveau le sol belge.
1er octobre : Ca y est, dis : nos affaires sont à Anvers ! Par contre, chose pas évidente, 'faut qu'on passe la douane. Tcheu dis ! Moi ch'te dis, la dwan', c'est ben ben compliqué quand t'es une belge mariée avec un français ! Ben oui quoi, on ne sait pas trop pourquoi mais c'est comme ça ! Ca n'aide franchement pas hein cette maudite nationalité française ! Puuuuut ! Si j'avais su que je devrais la traîner comme un boulet comme ça partout, j'y aurais réfléchi à une fois, dis ! Bon… K'ess-tu dis ? C'est l'Europe ? Que nenni hein toa !
Rame, rame, rameur, ramez, on n'avance à rien dans c'canoë !
Je te passerai les détails à ce sujet car c'est aussi ennuyeux que les 50 coups de téléphone que j'ai du passer pour arriver à débloquer la situation ! Donc donc… Après cette première galère, on sentait le truc venir : ça puait l'pâté, comme on dit icitte !
Rame, rame, rameur, ramez, on n'avance à rien dans c'canoë !
Enfin bon, ça y est, nos affaires arrivent chez nous ! Mardi 7h30 : Mon chum étant bloqué à une réunion pour toute la journée (super !), j'arrive seule à l'appartement 30 minutes à l'avance (ben quoi, on ne sait jamais que le gars du conteneur arrive plus tôt que prévu). Première merde : le proprio avait dit qu'il laisserait l'appartement ouvert… l'est fermé ! Je lui téléphone, m'en fout si j'le réveille ! C'est bon, il vient ouvrir. Super efficace la fille ! Mardi 8h00 : Les déménageurs arrivent (pas le conteneur : les déménageurs !). Mardi 9h15 : Le conteneur n'est toujours pas là. Je commence à stresser sérieusement. "Allow madame ? Oui dites c'est pantoute icitte. J'attends depuis plus d'une heure dites c'est normal ?". Bon, i va arriver paraît-il… Les déménageurs, eux, ne sont pas de cet avis : ils veulent se casser car ils ont du taf ailleurs… Euh… réfléchissons vite, réfléchissons bien…
Rame, rame, rameur, ramez, on n'avance à rien dans c'canoë !
"Il est bien entendu que je vous payerai les heures d'attente". Ils restent. Deuxième merde résolue. Bon, par contre, toujours pas de conteneur à l'horizon… Mardi 9h45 : Un beau conteneur tout bleu arrive triomphant dans la petite rue commerçante que nous allons habiter. Euh… I rentre pas dans les places réservées sur la place au bout de la rue (je l'avais bien dit à l'agent de police que ses deux places de parkin' seraient ridicules par rapport à mon gros conteneur). Heureusement, j'avais prévu le coup : j'avais réservé des places avec ma voiture et quelques chaises. 30 minutes plus tard, mes ptites affaires sont garées sur le bord du trottoir. C'est là qu'intervient Hagard Dunord : un viking enrobé et barbu sort du camion. Il sait parler, c'est déjà ça. Kesskidit ? Il a pas de pince. Ah. Et alors ? Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah faut une pince (énorme) pour couper le scellé du conteneur ?! Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah et comment se fait-il que le 'tit viking i l'a pas prévu d'pince ? Ben oui, j'me balade tous les jours avec une pince énorme (faut couper 1,5 cm d'épaisseur d'acier !) en poche ! Ben non fieu, moi tout ce que j'ai se trouve dans ton p... de conteneur ! Big stress vite supplanté par la vision d'horreur qui m'arrive : trois flics se pointent. Y a une dame qui les a appelé parce qu'à cause du camion qui est garé su'l trottoir, ben elle peut pas passer avec sa poussette ! Restons calme… Elle ne peut pas traverser la rue pour passer sur l'autre trottoir la p'tite dame ? Non ?
Rame, rame, rameur, ramez, on n'avance à rien dans c'canoë !
J'esssssplique ma situation désespérée aux flics qui ne peuvent rien pour moi mais décident de pas m'ennuyer, pour le dire poliment, avec l'histoire de la poussette. Ouf, revenons à nos moutons : Hagard Dunord est remonté dans son camion parce qu'il pleut à boire debout ! Très peu perturbée par ce détail malgré mes courtes manches et ma pharyngite, je m'organise avec les déménageurs pour faire le tour du quartier à la recherche du temps perdu… 30 minutes de recherche et une engueulade au téléphone avec les mecs d'Anvers n'y font rien : il est 10h45, je paie les déménageurs depuis 8h00, le conteneur est toujours scellé et le viking me dit qu'à 12h00 il doit être reparti. Je m'entends lui répondre que s'il le faut je me coucherai devant son camion pour le retenir et qu'il ne faut pas se foutre de la gueule du monde ! Je vais péter un plomb c'est pas possible ! Bon… Guillaume… j'appelle le gnôme de ma vie à la rescousse. Il va venir avec une meule. Il a 45 minutes de trajet…
Rame, rame, rameur, ramez, on n'avance à rien dans c'canoë !
Les déménageurs vont voir s'ils n'auraient pas un outil dans leur dépôt. J'attends… C'est là que trois furies apparaissent. C'est la coiffeuse et les deux vendeuses du magasin de vêtements juste à côté de chez moi : le camion masque leur vitrine, on leur fait perdre leur journée, c'est irrespectueux, c'est dégueulasse. Elles crient tant qu'elles peuvent, impossible de placer un mot. Impossible d'expliquer quoi que ce soit, ni de mettre en évidence qu'il n'y a pas un chat dans la rue vu le temps qu'il fait, ni que franchement, ça m'est rarement arrivé de flâner en ville et de me dire, en apercevant la vitrine d'un coiffeur, que -tiens, j'irais bien chez le coiffeur-. Enfin bon, elles hurlent et prennent les passants à témoin. "Si vous ne vous bougez pas j'appelle la police". "Ben appelez-les, ils sont déjà venus". Elle les appelle. Ils veulent pas venir. Hihi. A l'autre de répliquer : "Moi je connais le commissaire, je vais l'appeler". Incroyable, enfin bon… J'ai bien envie de la claquer contre le mur ! Ne pas craquer, ne pas craquer. Les déménageurs arrivent. Ils ont un marteau et un burin. On va essayer. Dur dur… C'est à ce moment là que je trouve une scie à métaux ! Après quelques essais on approche du but : ça y est c'est ouvert ! Alleluia alleluia alleluia ! On se concerte avec les déménageurs : 'faut sortir le plus de trucs possible du camion avant que le commissaire n'arrive. On tape tout dans l'entrée aussi vite que nos ptits muscles nous le permettent. C'est alors que le commissaire débarque et s'adresse au viking qui daigne sortir de son camion : "Monsieur, vous n'avez pas le droit d'être sur le trottoir, je vous donne l'injonction de vous mettre ailleurs". Le viking, imperturbable, répond calmement : "Non". Hihihi je me marre… Pendant ce temps-là je continue à décharger le camion. Le commissaire devient tout rouge et s'énerve : "En ma qualité de commissaire, je vous donne l'ordre de dégager le trottoir". "Non". Hihihi… Pendant ce temps-là, un des deux déménageurs adresse un "ta gueule" systématique aux furies à chaque fois qu'il passe à côté d'elles les mains chargées de caisses. Si nous n'avions pas tous les passants et les trois furies sur le dos, la situation serait presque drôle ! Le commissaire s'adresse aux furies et leur dit qu'il s'en va, qu'il ne peut rien faire : "Mais môssieur, faites quelques choses, vous êtes notre dernier recours". "Ben vous voyez bien qu'il ne veut pas bouger, que voulez-vous que je fasse ?". Hihihi le commissaire a l'air d'un con. Finalement, le manège continue encore une demi-heure puis je me résigne à demander au camionneur de se mettre ailleurs avant de me payer une amende carabinée.
Rame, rame, rameur, ramez, on n'avance à rien dans c'canoë !
Nous continuons donc à décharger le camion dans le calme mais nous avons 300m à faire à pied entre le camion et l'appartement. Petit détail lorsque l'on considère que l'on doit se taper 4 volées d'escaliers par la suite pour arriver chez nous. Les déménageurs étant pressés, moi et Guillaume, arrivé entre-temps, les aidons à monter les caisses.
Rame, rame, rameur, ramez, on n'avance à rien dans c'canoë !
Ca y est, on est épuisés mais tout est là ! Nos p'tites affaires sont dans le salon… Y a plus qu'à… tout ranger. Je m'y mets tout de suite malgré l'extrême fatigue due à cet épisode, les démarches qui l'ont précédé, le portage de caisses, le boulot en parallèle et accessoirement, ma pharyngite. Je déballe… Chaque objet est emballé dans 10 feuilles de papier… ça donne l'impression de déballer ses cadeaux d'anniversaire. Au début c'est gai, mais ça devient vite pénible, tout de même…
Joyeux anniversaire… Joyeux anniversaire… Joyeux anniversaire… C'est bizarre, j'entends même la chanson… Ca doit être chez le voisin. Bon, 1h après, c'est toujours la même rengaine… Ca devient pompant à la longue ! Joyeux anniversaire… Joyeux anniversaire… Joyeux anniversaire… Oui bon ça va on a compris ! Je finis par me demander si je n'ai pas -à cause de la fatigue- des hallucinations… Je me pose sérieusement la question lorsque je me rends compte que la musique vient d'une des caisses. Je pose l'oreille sur chaque caisse : c'est celle-là ! C'est une des caisses qu'un ami nous a demandé de ramener du Canada. Je l'ouvre le plus vite que je peux. Joyeux anniversaire… Joyeux anniversaire… Joyeux anniversaire… C'est une caisse de lettres. Après avoir viré la moitié du courrier par terre tant mon état nerveux est inquiétant, je la trouve enfin et lui fait passer un mauvais quart d'heure. Bon, je continuerai tout ça plus tard. Pour l'instant, je m'affale sur le fauteuil que j'ai réussi à déballer et je pense à ce que le déménageur m'a dit en partant : "Vous voyez m'dame, on devient comme ça quand on devient grand !". Je veux pas grandir, Rotverdum ! Je veux pas ! Tu crois que c'est obligatoire ? Pour terminer, AVIS : je cherche activement une manière de me venger légalement et pacifiquement de la connerie des trois furies que j'ai pour voisines. Qui a une idée ?!
Pantoute


Les Gilles de Nivelles : fête traditionnelle dans notre nouveau lieu de résidence. C'est un peu comme les Gilles de Binche sauf qu'ils lancent des mandarines plutôt que des oranges (ça fait moins mal). Par contre, ils sont tout autant bourrés qu'à Binche et la musique est tout aussi répétitive...

Aug 1, 2003

Toune d'automne

Un peu de Québec dans nos valises

Toune d'Automne - Cowboys Fringants - wideo

En berne

"Société tu m'auras pas", à la québecoise...

En Berne - wideo

A ceux qui restent

En cette veille de départ Tchantchès, j'ai une pensée émue pour ceux qui restent...
A ceux qui restent et qui se reconnaîtront !
Ô grands aventuriers de l'éternel,
Ô fidèles amis du bout du tunnel,
Ô clowns méconnus du grand nord,
Ô français perdus dans le vieux port,
Gardez vos âmes sensibles,
Gardez vos âmes rebelles.
Vous trouverez la cible
Et resterez vous-mêmes.
Continuez à rêver
Continuez à vouloir...
Ici c'est pas le pied
Je sors mon mouchoir...
Généreux vous avez su partager
Vos coups de gueule et vos pieds de nez.
Toujours joyeux vous m'avez conté
Vos souvenirs et vos partés.
Je pars demain en terre connue
Laissant derrière des âmes déçues.
Mais je rentre chez moi très contente
D'avoir connu toute la bande.
Québec sera désormais un peu
Terre d'accueil et terrain de jeu,
Québec sera à jamais c'est certain
Une troupe de chums plein d'entrain.
J'vous enverrai des cha-chas
Puis des colis de foie gras
Pour que perdure notre amitié
Et votre souvenir de moé.
Je vous souhaite plein de bonnes choses,
Pi j'crois que j'vais m'remettre à la prose...
Entre nous : j'ai pris mon hamster avec moi
Même si ça n'a pas l'air, comme ça...
Bizz à tous !
Pantoute

Jul 1, 2003

La piss' à bycic'

Cher Tchantchès,

Ca y est, c'est l'mois d'juillet, Tchantchès ! Et tu sais quoi ? Il pleut ! Après le mauvais temps, ben le mauvais temps... Bon, j'exagère, on a eu quelques belles journées ensoleillées où les maringuoins ont pu s'en donner à coeur joie sur nos petites cuisses couleur aspirine... Eh oui, nous avons enfin pu reprendre une de nos activités favorites : le vélo de montagne ! Ca coûte cher en huile à mouche et en droits d'entrées en forêt (ben oui quoi, la nature, c'est pas à tout le monde, hein, c'est au gouvernement, qu'est-ce que tu crois toi ? qu'il suffit d'enfourcher ton vélo et d'aller où tu veux ? tu te crois où donc ? pas au Québec en tout cas ! espèce d'européen, va !). Je disais donc que nous pédalons de toutes nos forces, comme pour rattraper le temps perdu de ces 6 mois d'hiver... Deux mooses peu effarouchés nous regardent sur le bord du chemin. Waw, quel pied ! Mais c'est bien connu, pour faire du vélo de montagne, il faut s'entraîner... et ce n'est pas la poutine ingurgitée cet hiver qui nous a préparé... alors de temps en temps, on ose mettre une roue sur la piste cyclable de la rive-sud, superbe piste non payante Tchantchès (c'est assez remarquable que pour le souligner !). Nous voilà donc parti... tiens c'est drôle, y a pratiquement que des rollers sur la piste cyclable... Puis dis donc, ils en prennent une place ! Pfff pas très pratique pour doubler. Bon ben là, je roule dans l'herbe paske bon... c'est quoi ça ? Je rêve... un flic à vélo... y paraît qu'il ne faut pas rouler trop vite... la piste est réservée aux familles et au cycliste moyen dis-donc ! C'est drôle, j'ai pourtant l'impression que même roulant à vive allure, je fais plus attention aux autres que l'autre espèce de tarée en bikini qui bouffe une glace sur ses rollers en prenant les deux bandes à elle toute seule !!! Bon ben finalement, encore une fois, je ne me sens guère libre dans ce pays... je m'en vais rouler sur la route (qu'il n'y en aie pas un qui vienne me dire que je dois utiliser la piste cyclable !)... Après l'effort, le réconfort. Pour cela, rien de tel que le résumé de l'étape du Tour de France commenté par les journalistes québecois : ils n'y connaissent tellement rien que c'est à mourir de rire ! Au moins, c'est divertissant... Tiens, c'est drôle, pourquoi Armstrong il n'a pas un rétroviseur et des sacoches sur son vélo ? Il est bien moins bien équipé que les gens d'ici, tu sais : ici, même certains vélos de ville avec garde-boue, porte-bagages, sacoches, radio et rétroviseur, ont un guidon de triathlon ! Ben oui quoi, c'est utile pour aller faire ses courses, hein, le guidon de triathlon : c'est hhhhhaérodynamique ! Ton vélo il pèse 45 kgs mais c'est pas grave piske t'es hhhhaérodynamique ! Allez dis, sur ce je vais reposer mes jambes et rêver de liberté...A ciao !

Pantoute

Coupe du monde au Mont Sainte-Anne

Overdose


Cher Tchantchès,

Ca y est, Tchantchès, plus que 18 dodos et on se revoit ! Tu sais, j'en viens à les compter, les jours... Je les compte mais j'en profite tout de même pour visiter les derniers coins et recoins de cette belle nature québecoise. J'ai aussi quelques dernières patentes à régler et puis quelques aurevoirs à fêter. Les questions fusent en ce moment : "Alors, tu es contente de rentrer ?", "Qu'est-ce qui va te manquer le plus du Québec ?", "Tu as aimé ton séjour ici ?"... autant de questions que j'aimerais éviter et auxquelles j'essaie de ne pas répondre trop honnêtement. Car si dans mon bilan j'ai essayé de bien identifier ce qui m'appartiens dans la difficulté du séjour, ce qui appartient au phénomène d'immigration et ce qui concerne les québecois eux-mêmes, plus les jours avancent et plus je me sens fébrile : C'est quoi ce connard de camion qui me double par la droite à 120 kms/h ?! Et toi, gros débile, tu peux pas te pousser sur l'autre bande pour laisser passer les voitures qui se lancent sur la bretelle, non ? Oui bon, on a vu là, c'est bon, ça fait 3 minutes qu'on est arrêtés au stop en pleine campagne, on peut passer, y a personne ! Et qui peut m'expliquer pourquoi les québecois se dirigent consciemment sur le Pont Laporte aux heures de pointe plutôt que sur le Pont de Québec, alors qu'ils voient bien que le Laporte est complètement bouché et que c'est le cas tous les jours de l'année ? Qui peut m'expliquer un tel manque de bon sens ?! Non, espèce de con je suis pas une maudite française, d'abord, je suis belge, et puis oui je suis aussi chialeuse que les français ! Oh que c'est mignon, regardez-les, on est vendredi, toutes les voitures sont là, collées les unes aux autres, pendant que leurs maîtres s'étouffent avec leur brochette cuite sur barbecue... Ben oui fieu, en France on dit plein d'anglicismes, c'est bien connu ! Puis on parle snob, je sais, oui. Oui, on a l'électricité en Belgique, oui... on a un peu de culture aussi... Et puis, regardez moi ça : des bus scolaires en file indienne... c'est ti pas beau à voir ça, toute cette population d'enfants-rois gavés au hamburger et à la poutine, qui passent devant toute la file de travailleurs et qui voient s'arrêter la terre entière à chaque fois que l'un d'entre eux quitte le navire !? Oh comme c'est touchant... faut dire, le p'tit il faut le protéger hein, c'est la richesse de la nation, les mômes ici : i font des études poussées, avec un accent sur la pratique de la langue française, et puis ils fréquentent tout de même le meilleur enseignement du monde ! C'est pour ça qu'ils n'acceptent pas n'importe quels diplômes, les québecois ici... c'est pas du tout du protectionnisme, c'est une question de niveau ! Oui... la vapeur s'échappe, là... difficile de fermer ma g... alors plutôt que de le dire, je l'écris, j'espère que ça suffira ! J'en suis à compter les québecois pour m'endormir... il faut dire que l'analogie avec le mouton est facile. Oups... tu vois, c'est plus fort que moi ! I'm faut du Tylénol, je crois. Le hamster a débarqué de sa roue, comme dirait Rotverdum ! Allez, je vais dormir... plus que 18 dodos ! 1 québecois, 2 québecois, 3 québecois, zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz.

Pantoute

Country traditionnelle dans les rues de Québec

J'le jure !

Cher Tchantchès,


Je profite de la pluie pour te raconter mes dernières découvertes sur ce pays définitivement à côté de la plaque... Tu sais Tchantchès, j'ai essayé de prendre sur moi, de ne pas voir tout en noir, de trouver du positif pour terminer notre mois d'août ici de manière agréable et sans trop compter le nombre de dodos qu'il me reste encore avant de remettre le pied sur le continent européen... J'ai essayé, j'le jure ! Mais figure-toi qu'il y a quelques mois, après avoir passé deux semaines intensives à cogiter, calculer, se justifier, se renseigner, et à maugréer sur la nécessité d'avoir fait BAC+15 pour arriver au bout de cette tâche, nous étions heureux d'enfin pouvoir poster notre feuille d'impôts... C'est par un grand Ouf de soulagement que nous avions précocément conclu que nous étions en règle. Que nenni ! Voici que nous recevons une lettre nous demandant de justifier notre date de naissance, gnagnagna et regnagnagna... bref nous devons fournir une photocopie de notre fiche d'immigration et la faire certifier conforme par un représentant de la loi. Pressés d'en finir avec l'administration québecoise qui commence à nous sortir par les trous de nez, nous nous rendons à l'endroit le plus proche et qui nous paraît en mesure de nous aider : le commissariat de police du coin. Une fois sur place, j'explique mon cas au téléphone à travers la vitre. On va s'occuper de moi, paraît-il. OK, j'attends. Ce commissariat est désert. Ils sont trois à l'acceuil. Z'ont l'air de n'avoir rien à faire. 5 minutes... 10 minutes... 15 minutes... là j'ai fini de lire toute la rangée de prospectus sur le virage à droite, l'alcool au volant et les services d'entraide de la rive-sud. J'attaque le journal annuel de la police de Lévis. 20 minutes... 25 minutes... Verdomme ! Pfff... Ah ! Kekun arrive. C'est pour moi. Il m'emmène dans un espèce de box. Je réexplique mon cas, lettre des impôts à l'appui. Y comprend pas. Je recommence. Au bout de 5 minutes, je me rends compte que c'est le "certifié conforme" qu'il ne pige pas... je réessssplique donc alors patiemment (si si!) de quoi il s'agit. Il semble avoir compris : "je comprends mais je ne suis pas assermenté pour faire ça, je vais chercher mon sergent qui lui est assermenté". Ok, super, ça avance ! 10 minutes plus tard, le sergent arrive. Je répète mes ptites affaires et lui tends la lettre, qu'il se met à lire à haute voix à deux à l'heure. Bon, l'est pas futfut mais l'est de bonne composition. Y comprend pas non plus le "certifié conforme"... Pas grave, j'ai le temps, ça ne fait que trois-quarts d'heure que je suis ici. Je répépète donc pour la enième fois et il en conclut que ben non, il a pas de papier spécifique pour ce genre de choses. Vu mon agacement, il finit par me dire que "ce s'ra pas long" et va fouiner dans ses papiers. Il revient 15 minutes plus tard avec - à mon grand étonnement (c'est peu de le dire !) - une bible ! Il va me signer mon papier, mais avant, il faut que je jure sur la bible ! Ah... bon... ben comment on fait ? Ah oui, la main droite... hihi... j'essaie de réprimer ce maudit fou rire qui monte qui monte qui monte...! "Je jure que c'est la situation la plus stupide que j'ai jamais vécu de toute ma vie"... euh non, j'm'a trompé : "je jure que tout ce qui est écrit dans ces papiers est la stricte vérité". Ca y est, j'ai droit à mes petits tampons et à ma signature, chuis correk ! Oui, je sais, Tchantchès, il lui suffisait juste de regarder si ma photocopie contenait bien exactement les mêmes informations que l'original et de le confirmer par écrit mais bon... c'est nettement moins drôle que de jurer sur la bible, tu sais ! Si si, j'le jure ! C'est nettement plus pathétique aussi, mais bon... ne dit-on pas que "c'est tellement pathétique que c'en est drôle ?". Ben voilà, t'as tout compris : pour survivre ici, il faut un grand sens de l'humour, très peu de bon sens et beaucoup de patience.
Pantoute

Montmorency falls during the winter

Durant l'hiver, les chutes sont partiellement gelées

Même pas froid !

Course de canots sur le Saint-Laurent : une tradition

Ski by night

Guillaume, seul en piste !

P.S. Pour se mettre dans l'ambiance, il faut s'imaginer qu'il fait -40°C

Huile de coude

Les joies du déneigement...

Mar 1, 2003

Délicieux accent !

Extrait d'un programme TV québecois
pour goûter aux joies de l'accent du pays

Paf le chien

Cher Tchantchès,


Trève de roucoulements, il est l'heure de travailler ! Je me retrouve aux ressources humaines dans une boîte lucrative nord-américaine... Non pas que cela m'enchante, mais bon, je ne vais pas passer mes journées à ne rien faire et puis, c'est toujours une expérience à prendre ! Alors pour faire bref, l'ambiance est détestable et le travail peu intéressant... On passe beaucoup de temps à faire des choses inutiles (ils appellent ça la "qualité"... en gros cela consiste à écrire tout ce qu'on fait sur papier, puis mettre ces papiers dans des dossiers, ces dossiers dans des armoires et puis au bout de deux ans tu vides les armoires dans les archives...). Sinon, les ressources humaines n'ont d'humain que le nom, et je suis une espèce d'extra-terrestre dans cette boîte : entre eux, ils parlent en patois québecois et en franglais (ils traduisent littéralement des termes anglais en français ou utilisent des mots anglais pour dire des choses pour lesquelles il existe des mots français). Bref, tu pitonnes sur ton laptop ou alors tu slaques cette tabarwatte de powerbar... quand c'est pas le toner de la photocopieuse qui est magané... Donc évidemment, ma vitesse de compréhension de ce qui m'est demandé n'est pas optimal, et ça ne facilite pas les rapports aux collègues, qui ne font guère d'efforts pour m'aider... car contrairement à ce que l'on pense, OUI le québecois est sympa, mais AVANT TOUTE CHOSE, le québecois est nord-américain, et ça se ressent dans un espèce d'INDIVIDUALISME détestable... "Chacun sa croix", ce serait un bon résumé de l'ambiance au bureau !Bref, je pitonne sur mon laptop qui est, bien sûr, qwerty (nom di djû c'est agaçant en tabarwatte !), et je feuillette des cv tous plus épais les uns que les autres... il faut dire qu'ici, ils ont la fâcheuse manie d'obtenir un diplôme dès qu'ils font une formation bac à sable de deux heures, alors ça en fait des choses à inscrire !!!Moi, je ne la ferai pas plus longue car les désillusions sont dures à digérer... mon diplôme, je peux le jeter à la poubelle, et les relations au travail sont au ras des pâquerettes ! Moi qui pensait m'intégrer par le biais du travail, c'est pas vraiment le bon plan !
Bien à toi,
Pantoute

Mon pays ce n'est pas un pays, c'est l'hiver !

Descente en traîneau sur le parvis près du Frontenac

Cher Tchantchès,

J’ai bien résisté au froid et j’ai même eu le courage de sortir de ma couette cet hiver… Tu t’en doutes, nous sommes loin des hivers pluvieux de la Belgique ! Ici, on a eu vraiment beaucoup de neige. Mais le plus dur, ce n’est pas la neige : c’est le froid ! Malgré les chaufferettes aux pieds, skier par –25°C, c’est un peu galère, alors c’est vrai que souvent, rester au chaud serait plus facile ! Mais non, n’écoutant que notre courage et notre émerveillement d’européens affrontant leur premier hiver, on a chaussé nos skis ! Tu devrais voir les pistes, ici : le rêve ! Pas de file aux télésièges, peu de monde sur les pistes, pistes qui sont à 30 minutes de la maison, et puis, adieu les plaques de verglas ! Oui, vraiment, dommage qu’il fasse si froid. Heureusement, nous avons découvert la "balaklava"… nom bien compliqué pour désigner une cagoule… Pas très esthétique, je te l’accorde, mais ça tient chaud ! A ces températures, on fait fi de coquetterie, crois-moi ! Je veux bien t’en envoyer une pour Nanesse, si tu veux (c'est la copine de Tchantchès)... vous allez lancer une nouvelle mode à Liège ! Evidemment, nous n’avons pas non plus résisté à la tentation de nous essayer à la motoneige ! Bruyant, polluant, mais bon, il faut bien que l’on teste un des sports nationaux ! Bilan : c’est l’fun ! C’est l’fun mais une demi-journée est suffisante, en ce qui me concerne… Quelques pointes à 100 kms/h., quelques virages serrés où l’on se demande si l’on n’a pas surestimé la capacité de la motoneige à tenir la route, les petits chemins en forêt, les routes à traverser (légèrement en « crabe » pour notre part) et puis cette sensation d’aventure et de liberté que procure un tel engin… Bilan sympa, quoi ! Tu vois, on a fait beaucoup de choses cet hiver, et encore, je t’ai passé le chapitre sur les trails en raquettes, celui de notre premier contact avec le ski de fond, et celui de notre visite de l’hôtel de glace… Par contre, parce que je sais que tu aimes ça, je te dirais bien un petit mot du carnaval de Québec. Tout d’abord, oublie tout déguisement : il fait trop froid pour ça ! Ici, qui dit carnaval dit froid et caribou… Le caribou, c’est cet alcool que les gens boivent dans les rues, tel le pèket dans les rues de Liège les jours de fête ! Oui, je sais, tu vas me demander de te parler du folklore, de la tradition… Ben tu sais, ici j’ai l’impression que les gens se cherchent un peu… ils cherchent à créer une tradition qui n’est guère encore définie. Cela semble un peu créé de toutes pièces, sans fondement, sans épaisseur. Alors, oui, la course de canots sur le Saint-Laurent, les descentes en luge sur la glissoire, la tire d’érable, tout ça c’est chouette ! Ca semble inscrit dans l’histoire, et c’est quelque chose qui leur appartient, qui leur ressemble… Mais c’est quoi ce défilé ?! Je t’assure que l’effort de sortir ce jour-là a été dur à faire tant on en avait un peu marre de se geler les miches. Eh bien, franchement, ça n’en valait guère la peine ! Sauf si tu veux voir le poulet Saint-Hubert se dandiner près de chars misérables et jonchés de publicité… ou alors si cela t’intéresse de mater les biscuits oréo entamer une chorégraphie qu’ils ont répété la veille… à moins que tu ne sois intéressé par un défilé de side-cars de la police québecoise ! En plus de la nullité du spectacle, ce qui est plus triste je trouve, c’est ce manque d’identité propre et cet envahissement de la publicité ! Pour moi, le carnaval, c’est une fête, une fête gratuite, sans calcul, où seul l’amusement est ciblé ! Rien à voir avec cette mise en scène publicitaire et cette mascotte digne du bonhomme Michelin ! Bon, je suis d’accord, une tradition ne se crée pas en deux jours, on va leur laisser le temps… mais pour l’instant, le défilé du carnaval de Québec, on dirait les enfants européens qui fêtent Halloween : c’est commercial à donf et y a rien derrière ! Pour terminer, un bilan rapide sur le concours de sculpture sur neige : le Canada, le Québec, la Belgique et la France ont eu des prix… ça te fait sourire, j’en suis sûre… moi ça m’a fait la même chose : on se croirait en Belgique avec les « guerres linguistiques »… car étrange coïncidence, il n’y a pratiquement que les francophones qui ont eu un prix… Après ce rude hiver, j’attends impatiemment les beaux jours qui tardent à venir… Gros becs de Québec !
Pantoute

Les joies de la neige

A l'aube d'une nouvelle vie

Cher Tchantchès,

C'est 7 mois après notre installation à Québec que je t'écris cette lettre... Il s'en est passé des choses depuis, séééés ! Mais commençons par le début : la mutation de Guillaume au mois de mars 2002, ma demande de pause-carrière, le retour de Guillaume début juillet, notre mariage le 6 juillet, l'organisation du déménagement, mes aurevoirs fin août et mon arrivée à Québec le 1er septembre 2002 ! C'est donc un peu étourdie que j'ai posé le pied sur le continent ! Il a rapidement fallu y poser les deux... pieds : les caisses à défaire, les démarches à poursuivre, le boulot à organiser... bref, le tourbillon des derniers mois se prolongeait pour quelques semaines encore. Après la tempête, le calme : plus de formalités ni de listes interminables de choses à faire... on peut enfin profiter de notre longue (!) lune de miel. Tout ce temps et cet espace rien qu'à nous ! Waw ! Ce fut aussi le temps des découvertes : le prix des produits laitiers (my god que c'est dispendieux... i paraît que c'est pask' i faut payer le chauffage aux vaches pendant l'hiver), la viande aux hormones, le coca bleu, les paquets de margarine de 10 kgs, le lait au calcium, le lait homogénéisé 2%, le lait homogénéisé 3.5 %, le lait partiellement écrémé 2%, le même en 3.5% avec addition de vitamines D et A, mais aussi les grands espaces, l'accent délicieux, les expressions colorées, la culture, le nouveau boulot,... Doucement ensuite, le vide s'est fait sentir : personne à aller voir le vendredi soir, pas de soirées passées à refaire le monde un verre à la main, personne à qui parler... Bien sûr, on est bien tous les deux, mais rester scotchés 24h/24 l'un à l'autre, ça ne va pas non plus... Alors pour se sentir moins seuls, on a investi l'ordinateur : vive les e-mails !!! En Europe, on a laissé notre GSM : plus de coups de fils à tout bout d'champ ! Par contre, plutôt crever que de vivre sans ordi !!! Ca, c'est la période "jamais sans mon laptop"... Tu vois, Tchantchès, c'est pas facile tous les jours... je me sens plus belge que jamais, même si ce n'est pas la faute à Québec : c'est juste que parfois, on devient nostalgique et on se rend compte à juste titre que notre vie importe à peu de québecois alors que tant d'amis belges nous demandent de nos nouvelles ! Ne sors pas tes mouchoirs sais-tu, on a un truc pour calmer ces moments de blues : viens voir dans nos placards, y a un peu de Belgique (qui a parlé de chocolat ?)!!!
Pantoute

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