Nov 11, 2005

Free Tibet ! [Kagbeni 2810m]

La journée commence par la visite du monastère de Muktinath, les jambes légèrement raidies par l'étape de la veille. Le monastère ne paie pas de mine, mais il est entouré de barbelés et d'un mur faisant penser à une ville fortifiée. Nous parcourons le monastère, où nous avons notamment l'occasion de visiter deux salles de prières. Des moines, nous n'en verrons pas.

Suké nous explique que le roi (l'ancien) a été (les cendres) déposé dans ce monastère, ainsi que celles de la reine et de la princesse. Dans leur culture, c'est le Lama qui décide du destin des morts : c'est lui qui décide d'opter pour la crémation, pour jeter le corps dans le fleuve sans crémation, ou pour le faire découper en morceaux pour nourrir les aigles. C'est le destin réservé aux personnes qui ont fait une mauvaise vie.

De nombreuses cloches sont présentes dans le monastère. C'est le signe de l'hindouisme car les bouddhistes ne mettent pas de cloches devant leurs monastères, nous explique notre guide.

Après la visite, il est difficile de se motiver à marcher. Pourtant, 3h00 nous séparent de Kagbeni, où l'on se rend à pas peu décidés pour une longue descente de 1000m de dénivelées. Sur notre chemin, Jarkot. Petite ville fortifiée, située sur un bout de terre d'où l'on peut admirer les paysages arides du Mustang. Il semblerait que cette importante différence de végétation soit due au fait que la mousson n'atteint pas le Mustang, contrairement au reste du Népal. Cela explique les montagnes brunes qui contrastent avec les montagnes enneigées de la région que nous venons de traverser.


Nous croisons de nombreux trekkeurs dans l'autre sens, qui ont l'air nettement moins abattus que nous et tous ceux qui font le tour des Annapurnas. Après Jarkot, la marche est longue dans les paysages secs et déserts. La route semble infinie. Elle nous mène à Kagbeni, après une descente raide difficile pour nos jambes fatiguées. De là, nous pouvons admirer un nouveau sommet à plus de 8000m, qui, tout comme l'Annapurna, ne lache q
ue très rarement son petit nuage. C'est un peu comme les baleines et les petits poissons qui tournent autour ; ici, c'est la montagne et son petit nuage.

Nous visitons les Portes du Mustang dans l'après-midi, ainsi qu'un monastère important, qui recèle beaucoup de livres sacrés uniques. Un moine nous fait la visite et nous explique en anglais les fondements du bouddhisme. Il y a apparemment quatre "sectes" (secte étant le mot qu'il emploie). "Same God mais les rites sont différents". Il nous parle des particularités de celle qui est nommée "Boon po". Il s'agit d'un vieux bouddhisme où les sacrifices sont toujours présents. De même, habituellement, on tourne de gauche à droite autour des stupas et des moulins à priéres. Eux, font l'inverse. Leur symbole est le même que celui des nazis, semble-t-il. Ils sont également adeptes de la médecine chamanique, et sont un peu à part par rapport aux trois autres "sectes".
Le Dalaï Lama "règne" sur toutes les sectes, et l'enfant de 5 ans dont nous avons vu des photos est l'enfant qui a été choisi comme futur nouveau Lama. Les Lamas qu'ils choisissent petits sont la réincarnation d'un ancien Lama.

Au Tibet, ça fait 50 ans que les chinois ravagent la culture bouddhiste, tibétaine. Les moines ont fuit en Inde pour la plupart. Les monastères, certaines thankhas et livres sacrés ont été brûlés par les chinois. Dans ce monastère-ci, ils sont fiers d'avoir pu conserver certaines reliques.

La philosophie du bouddhisme est la compassion et le respect. Le moine résume ça par : "your problem is mine". Les bouddhistes croient en Bouddha, au Nirvana et en la réincarnation.

Après cet intermède religieux, nous visitons rapidement la ville un peu différente des autres, avec ses ruelles pavées, ses nombreux troupeaux d'animaux et les petits recoins biscornus. Demain, 4h30 de marche nous attendent. J'ai du mal à me dire que je vais encore devoir marcher : mes jambes sont courbaturées ainsi que mes épaules et mes triceps. Il faut dire que les acrobaties d'hier dans la poudreuse ne pouvaient que se faire sentir !

Nov 10, 2005

The Sky is the Limit ! [Thorong La 5416m]

[Phedi 4400m - Thorong La 5416m - Muktinath 3800m]

2h30 le réveil sonne. Nous avons mal dormi, et pourtant, le Thorong La nous attend ! Par contre, bonne nouvelle : Guillaume va mieux. Les sacs étaient prêts la veille, en prévision, et nos frontales sont prêtes également. Il ne nous reste plus qu'à se mettre quelque chose dans l'estomac. En théorie, nous devrions passer le col vers 9h, c'est-à-dire que nous marcherons au moins 3h dans le noir. L'ascension commence après deux toasts enfilés rapidement. Nous demarrons tous en file, avec des porteurs sans frontale entrecalés entre nous. C'est raide et ce au moins jusque High Camp, à 1h d'ici. La montée est régulière et nous atteignons la première étape, High Camp, sans trop de problèmes. On commence à marcher dans la neige, sous un ciel étoilé splendide. A ceci font suite quelques grosses montées dans la neige, qui finissent de me frigorifier les mains. Un petit chalet nous accueille afin de nous mettre à l'abri du vent temporairement. Nous sommes à 5000m.

Suké nous presse et je ressors du chalet tout autant congelée. Ca m'est "fatal" : l'effort de la montée, le repos temporaire et le froid qui gagne me font tourner la tête, d'autant plus que tout effort se fait sentir à 5000m ! Je n'arrive plus à marcher. Suké me porte mon sac mais ça n'aide pas. Je suis toujours incapable de marcher et j'ai les mains gelées. Une idée me passe par la tête : si je ne suis pas capable de poursuivre, avec ces vertiges je ne suis pas non plus capable de redescendre... oups... Ne voyant pas de solution à mon problème, je tente de marcher en rapprochant le plus possible mon coeur de la tête (ou l'inverse) histoire qu'il arrête de pomper et que les vertiges cessent. Au fur et à mesure de la montée, ça va de mieux en mieux. Je prie pour que cela dure jusqu'en haut. Je fais toute l'ascension de cette manière, les yeux rivés sur mes pas, Suké derrière moi et Guillaume juste après. Le vent s'est levé. Je me recroqueville dans mon gore-tex et marche les mains dans le dos, afin de les préserver. Il faut dire que j'aurais du emporter mes gants de ski alpin plutôt que ces petits gants maigrichons avec lesquels je fais du ski de fond et du vtt ! Après m'être injuriée intérieurement plusieurs heures de marche durant, dont une dans un vent glacial, nous voilà au col ! Je ne prends même pas la peine de regarder autour de moi et rentre illico dans un chalet qui fait office de "tea-room", où deux dizaines de personnes sont tassées, grelotantes pour certaines, à boire du thé. Le thé serait même vendu à 10 euros que j'en commanderais ! Tout mon corps tremble et il me faut deux thés pour venir à bout de mes tremblements. Au thé, nous ajoutons des barres de céréales pour se refaire une santé, car pour l'heure, je suis HS ! Il va pourtant falloir redescendre le col !

Après plusieurs dizaines de minutes passées là, nous nous osons à ressortir, poussés par Suké, qui a peur que le vent ne redouble. Nous prenons une ou deux photos au sommet puis nous nous dirigeons rapidement vers la descente. C'est là que nous réalisons que nous sommes en haut. Waw ! Nous sommes à 5416m, au beau milieu de la chaîne himalayenne... Que doivent ressentir les grands himalayistes à plus de 8000m ?! C'est grisant, en tout cas. Mais nous sommes vite rappelés à la réalité : il y a un vent à décorner les boeufs et il faut se dépêcher un peu ! La descente est plus facile que la montée et au bout d'un moment, nous sommes hors de portée du vent. Ca nous laisse le temps d'admirer le paysage et de faire quelques photos. C'est très glissant, il faut faire attention. Après de nombreuses chutes sur la neige glacée par le vent (le guide n'échappe pas à la règle) nous optons pour la poudreuse. Ce n'est pas mieux : en fait, soit on a de la neige jusqu'aux "oreilles" et c'est hyper physique de descendre, soit on chute tous les deux mètres à cause de la glace... Nous optons tout de même pour la poudreuse car il y en a marre de tomber, franchement marre ! Nous sortons les bâtons pour nous aider mais c'est très physique : la neige est durcie par le vent et le froid par endroits et s'effondre sous vos pieds à d'autres. On s'arrête tous les mètres pour se reposer, et j'essaie même une technique peu catholique : la descente sur les fesses. Mais c'est raide et ça descend vite, ce qui n'est pas très confortable. Ayant peur pour mon pantalon, je reprends la technique classique, déçue de ne pas avoir trouvé d'autre issue.

Nous sommes crevés, trempés et nous ne savons pas combien de kilomètres il reste à faire. Ca n'en finit pas. Je n'ai plus de cuisses. Les porteurs sont bien embêtés sur ce terrain peu pratiquable avec leurs charges et leurs chaussures peu adaptées. Pourtant, à notre étonnement, ils s'en sortent (avec des chutes malgré tout). Le ras le bol gagne quand on arrive finalement au tea-room où nous attend Suké. J'ôte mes chaussures pour quelques dizaines de minutes seulement, histoire de quitter mes chaussettes mouillées avant de continuer à marcher. Je prends également une dernière petite photo de Guillaume, sur laquelle on lit la fatigue ! Suké nous annonce que nous avons encore 1h de marche jusqu'à Muktinath et que nous nous y rendrons avant de manger. C'est difficile à avaler. L'étape vers Muktinath est elle aussi interminable, et c'est complètement épuisés que nous atteignons notre lodge. Nous avons l'impression de rejoindre la civilisation, et croisons quelques têtes connues de trekkeurs rincés, tout comme nous. Une bonne douche chaude nous remet un peu d'aplomb, même si la propreté des lieux nous en gâche un peu le plaisir. Ca y est, nous sommes soulagés : le gros du trek est réussi, et les étapes qu'il nous reste ne sont pas exigentes d'un point de vue physique. Nous devrions boucler notre trek sans problème.

Nov 9, 2005

Au pied du col [Phedi 4400m]

L'étape est dure car la montée est raide et l'altitude nous fait haleter au moindre effort. Etant fatiguée, c'est particulièrement difficile mais c'est tout de même moins l'horreur que la veille pour Guillaume. Nous avons les 4 heures de marche en point de mire comme objectif. La marche se fait sur des petits chemins enneigés ou boueux à souhait. C'est en corniche et ça nous permet d'apprécier le paysage splendide avec Annapurna III et Gangapurna.

Certains passages sont glissants. Nous passons quelques ponts suspendus en pensant à ce qui nous attend : Suké nous a prévenu que ce soir, on n'aurait peut-être pas de lodge : il faudra peut-être se coltiner un dortoir. Ca ne m'enchante guère mais c'est ainsi.


Sur le chemin, Donni nous montre des blue cheep,
que nous distinguons mal, mais ça ressemble plus à des chamois qu'à des moutons, bleus de surcroît ! Une grande montée dans la boue nous attend après un pont suspendu. En haut, petite pause hydratation près de Mémé, la chèvre, qui vient quémander de la bouffe. Elle aime bien Guillaume, qui n'en est pas spécialement ravi.

Après cette petite pause nécessaire, nous empruntons un terrain soi-disant
flat pour terminer l'étape. Des chutes de pierre nous impressionnent avant d'arriver à Phedi.

Finalement, nous avons droit à une petite chambre : chouette ! Après l'installation et une petite sieste pour ma part, nous grimpons une centaine de mètres de dénivelées, toujours dans le but de nous acclimater. Nous y revoyons à nouveau des blue cheep mais de plus près cette fois. De retour au lodge, nous passons du temps dans la salle commune, près d'un groupe d'américains et surtout d'une chaufferette !

Guillaume n'est pas très bien ce soir. Il a subitement une crise de froid. Ca passe finalement avec la "garlic soup" bien chaude. Nous allons rapidement dormir : demain on se lève à 2h30 pour partir à 3h ! Il faut être en forme.

La nuit est difficile : Guillaume a des chauds et froids et la journée du lendemain nous inquiète.

Nov 8, 2005

Ânons : ah non ! [Yak Kharta 4018m]

La journée fut très longue malgré les quatre petites heures initialement prévues : Guillaume est malade. Il se sent affaibli, sans force. Si c'est le mal de l'altitude, on est mal ! Guillaume se traîne, la journée passe difficilement malgré les paysages qui sont maintenant de véritables paysages de haute montagne. En fin de journée, Guillaume retrouve finalement quelques forces mais l'étape n'est pas encore finie et le soleil est tombé. On a froid.

Qui dit haute montagne, dit neige ! C'est superbe. Là, nous nous sentons réellement au bout du monde. Excepté les difficultés intestinales de Guillaume, nous nous sommes plutôt bien préservés jusqu'ici : pas d'ampoules à l'horizon. Nous avons eu un peu peur lors d'une étape du début du trek suite à un début de "douleur" au talon mais nous avons pris les choses en main rapidement : l'élastoplaste de Virginie nous a permis d'éviter l'ampoule. Car imaginer faire ce que l'on fait avec des cloches au pied (version belge de l'ampoule), c'est même pas la peine, ou alors il faut aimer souffrir !

Une fois arrivés, nous trouvons tout de même le courage de regrimper un peu pour favoriser notre acclimatation à l'altitude. On redescend ensuite pour aller se réchauffer dans la pièce commune, car les chambres sont particulièrement froides. Comment va se passer la nuit !?

Mon look laisse de plus en plus à désirer : mes cheveux sont hérissés, droits sur la tête sans même l'utilisation d'un gel quelconque. Il faut dire que cela fait déjà quelques étapes que nous avons renoncé à nous laver. Les lingettes nettoyantes font l'affaire pour nous débarbouiller, histoire de masquer un peu la crasse... Heureusement, les multiples couches que nous enfilons, ne laissent pas passer l'odeur ! C'est donc fatiguée, crade et un peu gelée que je vais aborder la prochaine journée !

Le système pour se réchauffer dans la salle commune est sommaire mais efficace : des braises sont installées sous la table, qui est recouverte d'un drap épais, qui permet à la chaleur de rester sous la table. Assis à la table, vous pouvez bénéficier de cette douce chaleur, qu'il est difficile de quitter lorsqu'il est l'heure d'aller dormir.

Annoncée, elle tient ses promesses : la nuit est froide, et bruyante de surcroît car des ânes ont décidé de se balader sous nos fenêtres, avec leur gros grelot ! S'il y a de l'âne au prochain repas, j'en prends ! C'est pénible. Je me réveille crevée, comme tous les autres d'ailleurs, après cette première nuit à plus de 4000m.

Nov 7, 2005

Sorties nocturnes [Manang 3400m]

L'entrée dans Manang est longue. Nous longeons pas mal de petits magasins avant d'investir le coeur de la ville. Nous nous hâtons afin de pouvoir enfin nous poser. Cette fois, notre chambre est super : le soleil a donné toute la journée à travers la vitre. Il y fait bon ! Après un court repos, nous tentons une petite promenade dans Manang, histoire d'y trouver des vêtements chauds et un relais internet pour donner quelques nouvelles en Europe, chose que nous n'avons pas encore eu l'occasion de faire jusqu'ici. Nous sommes également très curieux de savoir ce qu'il se passe chez nous, n'ayant aucune nouvelle du monde extérieur. Tout notre univers tourne actuellement autour de nos étapes de marche. C'est une sensation très particulière, qui renforce notre sentiment d'être loin de toute civilisation. C'est plaisant mais ça nous manque tout de même, il faut croire, puisqu'arrivés au point internet de Manang, nous nous ruons sur les nouvelles internationales ! Apparemment, en France, les banlieues se soulèvent suite à des propos tenus par Sarko.

Après avoir donné quelques nouvelles, nous laissons rapidement place aux trekkeurs suivants. Nous savons que Suké nous attend "to order". Depuis le début du trek nous avons en effet pris l'habitude de lui signaler ce que nous désirons manger assez tôt dans la soirée. Il se charge ensuite de la transmission au gars du lodge.

Après le repas, nous faisons notre briefing habituel. Aujourd'hui, il y a plus de débat qu'à l'habitude : chacun a son avis sur la manière de découper les étapes à venir, et sur celle qui conviendra le mieux à nos organismes peu habitués à l'altitude. Doit-on faire une journée d'acclimatation ? Doit-on commencer à marcher ? Jusqu'où ? Il est finalement décidé d'en reparler le lendemain au petit déj' : nous ferons le point après une bonne nuit de sommeil.

Il n'y a plus d'électricité à Manang, suite aux avalanches qui ont emporté un groupe de 7 alpinistes français juste avant notre départ. Les avalanches ont également abimé les lignes électriques. C'est donc à la lueur de la bougie achetée dans le petit magasin juste à côté du lodge que nous prenons quelques notes de la journée. Notre frontale aide également, mais il ne s'agit pas de l'user trop d'ici l'ascension du col : nous en aurons besoin !

Une autre utilité de notre frontale depuis le début du trek est d'affronter la nuit pour nous guider jusqu'aux toilettes qui sont généralement à l'extérieur. C'est toute une épopée : il faut sortir de son sac de couchage, s'habiller en vitesse pour ne pas prendre froid, mettre sa frontale, chercher le PQ dans le sac, et se rendre jusque-là mal réveillé. Sur place, un seau d'eau fait office de chasse d'eau, ce qui est déjà nettement moins pratique quand l'eau est gelée...

Mieux vaut donc y aller le moins possible... le pire étant que le thé noir ingurgité à chaque repas ici au Népal est, bien entendu, diurétique. Le recours aux toilettes se fait donc au minimum une fois par nuit !

Pour une fois, je passe une bonne nuit au chaud !

View point

Ayant repéré la veille la vue superbe que nous risquions d'avoir sur les montagnes lors du lever du soleil, c'est à 5h ce matin que je me lève pour admirer le paysage. Il y a du vent. Tout le monde dort. Après avoir immortalisé le moment, je me presse vers mes plumes histoire de redormir un peu. Ce n'est pas simple car j'ai eu froid toute la nuit et ça continue. C'est donc frigorifiée que je me réveille un peu plus tard.

Après le petit déj', début de la rando à travers la forêt. C'est gelé par endroits. Un lac vert nous accueille, seul du genre dans les environs. Nous ne nous y attardons guère : il s'agit de marcher pour se réchauffer. Ca ne tarde pas : une ascension de 700m nous attend, ce que nous grimpons au rythme de l'escargot, cette fois. Vous remarquerez que nous sommes passés du caméléon à l'escargot ; c'est moins exotique mais plus représentatif : ça porte sa maison sur son dos et ça (en) bave. Un américain un peu fier nous en remontre sur la fin de la montée, arrivant à fond de balle : tout ce qu'il ne faut pas faire ! Quel c... !

Nous gagnons Ghyaru en haut de la montée, où nous prenons des photos avec ce qui, désormais, ne nous lachera plus : nos bonnets népalais.

La vue est superbe sur Annapurna III (7555m) et Gangapurna (7454m). Nous en profitons pour nous en mettre plein la vue et souffler, avant de reprendre notre marche. Suké nous annonce un long "flat" aussi "flat" que je suis la soeur de Jean-Jacques Goldman ! 'zont une drôle de notion du plat les népalais !

L'étape est longue. On en a plein les pattes et il nous est difficile d'apprécier les yacks rencontrés à l'entrée de Manang tellement nous sommes pressés d'arriver. Le soleil s'est caché derrière les montagnes. Encore un petit effort et nous y serons...

Nov 6, 2005

Silence, on prie ! [Pisang 3200m]

Avant de s'installer dans le lodge, nous allons visiter Upper Pisang, non pas nécessairement pour "le fun" mais pour mettre toutes les chances de notre côté en ce qui concerne notre capacité à supporter l'altitude. Upper Pisang, comme l'indique son nom, est la partie supérieure du village, qui nous paraît bien haut, avec toutes les marches qu'il y a à escalader pour y arriver ! N'écoutant que notre courage, nous voilà embarqués dans une ascension où nous commençons sérieusement à ressentir le poids de l'altitude. C'est comme dans les randos de vtt : ils devraient inscrire "ouf" en haut de la montée ! Nous arrivons donc à Upper Pisang un peu essoufflés mais en forme malgré tout. Nous y visitons le monastère "nu-pieds" puisque c'est la règle. C'est très "chargé" comme "déco", dirons-nous, mais c'est finalement joli avec toutes les couleurs vives et les peintures du style "thankhas".

Dans le village, nous retrouvons une fois de plus de nombreux moulins à prière auxquels nous ne résistons pas : silence, on prie ! Guillaume et Cyril en profitent pour faire les marioles en imitant la position favorite des népalais. Nan c'est pas du Kamasutra !

Une fois redescendus c'est une hot shower qui nous attend ! Ca ne nous empêche pas d'être à moitié congelés quand-même. Guillaume jure que c'est sa dernière douche : on ne l'y reprendra plus. Nous passons la soirée en haut du lodge autour du feu, à faire quelques cartes et quelques notes, en attendant le repas. Les népalais sont en grande conversation tandis que deux anglais font également leur carnet de bord près du feu. Il faut dire que le feu est le seul endroit supportable du "campement". Une fois le repas avalé, nous nous couchons immédiatement. J'ai même mis la photo, pour ceux que ça intrigue. Hein Manu ?!

Même pas peur !

Départ ce matin à 8h après un bon pancake, un bol de muesli and hot milk (histoire de faire bouillir les bactéries : je les préfère cuites que crues) et un oat porridge pour Guillaume. Ce jour, nous logerons à 3200m d'altitude, à Pisang. La route est moins longue que la veille et la forme y est. Nous avalons les 5h de route sans trop de problème.

Les conversations tournent souvent autour de ce qui nous attend après Manang : va-t-on supporter les nuits en altitude ? Comment vont se passer les deux grosses journées de marche à plus de 4000m ? Va-t-on être capables de grimper 2000m de dénivelées en deux jours ? L'angoisse monte chez chacun, ou alors c'est encore une vue de l'esprit qui n'appartient qu'à moi. Disons pour être sûre que "l'angoisse monte chez moi". Ca au moins j'en suis sûre. Ceci dit, les français croisés sur les chemins (les "Base camp" notamment) partagent également mon inquiétude, d'autant plus qu'il nous arrive de croiser des gens dans l'autre sens, revenant en fait de Manang, n'ayant pu supporter l'altitude. Résultat : ils doivent rebrousser chemin, et se taper les 10 jours de trek accomplis jusque-là en deux jours ! Très peu pour moi. Il est absolument hors de question que je doive faire demi-tour ! Je veux passer ce p... de col !

Les astuces sont nombreuses par rapport à l'altitude. Tous les petits trucs sont évoqués : boire de la soupe à l'ail (beurk mais je m'y suis mise pour la bonne cause... en plus, de toutes façons, vu notre odeur générale c'est pas un bol de soupe à l'ail qui va changer quelque chose) ; s'hydrater +++ comme on dit dans le jargon médical ; marcher doucement (même si vous avez l'impression de perdre l'équilibre tant votre démarche est lente... en gros, il s'agit d'imiter le caméléon). Un autre petit truc est de monter plus haut dans la journée que l'altitude à laquelle vous dormez le soir. C'est un super truc mais un peu fatigant : monter à 4000m pour loger à 3200m, c'est tout de même se taper 800m de dénivelées positives pour rien ! La liste est encore longue : prendre de l'aspirine en préventif (1/2 le matin et 1/2 le soir) afin de fluidifier le sang et de favoriser la circulation ; ne pas prendre froid et donc ne pas trop se découvrir malgré la chaleur bien présente en journée ; ne pas manger gras (ça, on respecte malgré nous) ; bien dormir et bien manger même si le mal d'altitude peut nous empêcher de bien le faire (il paraît que si la veille de l'ascension on n'a pas faim, c'est fichu d'avance).

La liste des petits remèdes de grand-mère pour passer le col nous rassure quelque peu face aux symptômes du mal de l'altitude énumérés dans notre guide : on peut ramasser un oedème cérébral ou pulmonaire. Pour l'un, on meurt en 6h. Pour l'autre, en 12h. Le seul remède contre les oedèmes est de redescendre. Pour autant qu'on ait pu capter qu'on avait un oedème ! Et c'est bien là toute l'angoisse ! Le premier symptôme de l'oedème est le mal de tête. Or, nous avons mal au crâne en permanence. On a d'ailleurs fait sa fête au tube de Dafalgan, nous qui en prenons si rarement à l'habitude. Nous saignons légèrement du nez également. Par contre, il est écrit dans le guide que l'oedème engendre également des nausées, puis quand l'oedème est avancé, de la confusion. Ca, on n'a pas. Enfin j'ose espérer. On nous l'aurait dit, tout de même !?

Ce qu'en dit un site spécialisé sur le trekking au Népal : "Lorsque le corps n'arrive pas à s'ajuster en raison de la trop grande rapidité de l'ascension, les premiers symptômes du mal d'altitude apparaissent : grande fatigue, mal de tête, nausée, perte d'appétit, sensation de vertige, insomnie. Si ces symptômes sont ignorés, la maladie peut dégénérer en une forme plus sévère et entraîner un oedème cérébral et/ou un oedème pulmonaire de haute altitude, lesquels peuvent entraîner la mort rapidement si l'on n'agit pas de la façon appropriée". Glups !

Ce jour, comme la veille d'ailleurs, nous avons pu apercevoir Annapurna II. Chule East est en vue également, un autre des 14 sommets du monde à atteindre les 8000m. Pisang Peak, du haut de ses 6000m (on aurait presqu'envie de dire 6000m seulement) est très connu à Manang et très escaladé : il n'est pas trop haut et offre une ascension très technique. Suké nous raconte que des alpinistes qu'il connaît y ont trouvé la mort.

Bien peu concerné par les histoires d'alpinistes ou d'oedèmes, un yack broute tranquillement.

Le midi, nous prenons un chouette repas en cours de route à un endroit ensoleillé. Et après une dernière heure de marche, nous arrivons à Pisang (Low Pisang), joli petit village en pierre. De nombreux moulins à prière nous accueillent. Avant d'arriver en haut, nous en aurons fait des prières pour rester en bonne santé jusqu'au sommet ! Avant de nous installer dans le lodge, nous allons visiter Upper Pisang histoire d'appliquer l'un des remèdes contre l'altitude : monter plus haut que là où l'on dort. Mais ça, c'est pour le prochain post...