Nov 5, 2005

Le gras c'est la vie [Chame 2670m]

Etape annoncée aujourd'hui : Dharapani - Chame. C'est pas le tour de France, mais ça y ressemble un peu : il y a des étapes, des jours de repos... ah non, j'oubliais : le seul mode de dopage auquel nous serions positifs (enfin, je parle pour moi) est le cho-co-lat ! Rien de bien méchant sinon que c'est un mode de dopage peu efficace. Ceci dit, en trek, nous avons peu l'occasion de grignoter, si ce n'est les barres de céréales importées tout droit de Belgique (que nous conservons au cas où) et les quelques mignonnettes planquées au fond de mon sac. Si celles-ci étaient vouées, au départ, à faire découvrir le chocolat belge aux népalais, leur mission a changé de voie en cours de route : elles servent désormais à m'offrir un moment de bonheur eu soirée, avant de m'endormir. A la lumière de ma frontale, je m'offre ce petit moment très différent de ce que nous vivons le reste de la journée. Je n'ai jamais autant dégusté un petit morceau de chocolat ! La civilisation a au moins ça de bon : le chocolat Côte d'Or. Je m'étais d'ailleurs jurée, lors de ces moments de dégustation, d'écrire à Côte d'Or pour leur faire part de ma gratitude. Car le Dhal Bath, les momos, et les chapati, c'est bien bon, ça nourrit, mais il y manque un petit quelque chose de plus raffiné pour contenter mes papilles gustatives.


Mes compagnons de trek, eux, parlent de fondue et de raclette. Je vois que je ne suis pas la seule à rêver de bouffe un peu plus sophistiquée (entendez 'grasse'). Le gras c'est la vie ! Hein Cyril ?!

Personnellement, j'en ai plein les pattes. J'ai mal aux pieds et je suis plutôt impatiente d'arriver. Nous avons droit à quelques obstacles un peu "gazeux", ce qui rend le parcours encore plus dépaysant : un passage sur des échelles faites maison nous met en jambes. En réalité, nous empruntons une route en cours de construction, c'est pourquoi c'est un peu scabreux. Le mode de construction est tout aussi impressionnant que les pierres qui roulent sur les rochers au-dessus de nous, ce dont nous devons nous protéger en passant un à la fois, pendant qu'un autre guette pour prévenir des "éboulements" éventuels. De nombreux jeunes népalais, mais aussi d'autres plus âgés, sont accroupis en train de casser du caillou. Ils défrichent et cassent les roches qui se trouvent en travers du chemin. Ca risque de prendre des années ! Les conditions de travail sont ahurissantes, et nos moyens technologiques paraissent d'un confort extrême au vu de ces "esclaves" qui se tuent la santé dans les montagnes. Un petit groupe nous accoste, nous demandant de les photographier, nous refilant ensuite leur adresse e-mail pour qu'on leur envoie la photo. C'est leur manière de tisser des liens avec les européens, profitant ensuite du contact initié pour tenter de se faire envoyer quelques petits cadeaux.

Une fois les obstacles franchis, au détour d'un virage, nous avons l'immense plaisir d'apercevoir pour la première fois l'Annapurna ! Du haut de ses 7937m, l'Annapurna II est magistral. L'Annapurna a plusieurs sommets, le plus haut dépassant les 8000m.

On arrive tard à Chame, vu la longue marche aujourd'hui. Chame est un joli petit village, un peu différent des précédents : c'est soigné, les maisons sont en pierre, et le lodge est "super confort" (tout est relatif, entendons-nous). Nous sommes en fait, en entrant dans Chame, entrés dans le district de Manang, ce qui explique les légers changements de décor dans les villages, et la présence de plus en plus importante de moulins à prière, de stupas, d'encens. Nous nous rapprochons en fait de la région du Tibet. Les repas eux aussi changent : des spécialités tibétaines sont proposées, notamment du steak de yack et du thé au beurre de yack. Celui-ci ressemble à du lait russe et n'a plus du tout le goût du thé. Ce n'est pas spécialement mauvais mais ce n'est pas bon non plus. Nous passons la soirée près du feu à Chame et passons une bonne nuit de sommeil malgré le froid qui gagne.

Nov 4, 2005

Hot and cold [Dharapani 1700m]

Aujourd'hui, nous nous rendons à Dharapani. Nous rencontrons de nombreux ponts suspendus et quelques gués. La vallée où nous nous retrouvons est de plus en plus encaissée. Les montées s'annoncent car il va bien falloir commencer à grimper ces montagnes dont nous sommes de plus en plus proches !

Au passage, nous croisons des villageois et des enfants qui jouent à un jeu qui ressemble au billard : il s'agit de pousser des jetons dans des trous, par le biais de ricochets avec d'autres jetons.

Notre pressentiment se confirme après avoir marché un certain temps dans le fond de la vallée : nous entreprenons maintenant une longue montée sous le soleil. Nous nous arrêtons ensuite à Tal pour déjeuner. Nous redémarrons assez vite et terminons notre marche du jour vers 15h, ce qui nous laisse le temps de profiter de l'eau chaude (!) que nous offre le lodge, avant que le soleil ne tombe. Il n'est en effet pas très marrant de se doucher une fois le soleil disparu, car à cette altitude, le fond de l'air est frais et le fait de se doucher nous refroidi. Il nous faut alors 1h dans notre duvet pour nous réchauffer.

La fraîcheur s'installe. Nous ne sommes pourtant qu'à 1700m d'altitude pour l'instant. Les 5416m qui nous attendent nous apparaissent d'un coup un peu surréalistes. Pourtant, nous ne sommes pas encore trop fatigués. Les nuits sont généralement bonnes, même si je me bats régulièrement avec mon sac de couchage. Si la fraîcheur est de mise en soirée, ce n'est pas le cas en journée : dès que le soleil apparaît, la température remonte. A l'arrêt, c'est l'idéal. En montée, on sue ! Un grand jeu très vite lassant commence alors : un brin de vent et un terrain plat nécessitent notre veste polaire. Une montée, avec ou sans vent, nécessite de retirer la veste. Arrêt repas ? Il faut se rhabiller. Tout cela avec du matériel photo dans les mains et un sac sur le dos. Autant dire qu'on en arrive vite à se résigner à mettre la veste en permanence ! C'est ce que font d'ailleurs les népalais depuis le début du trek, ce qui nous étonnait un rien au début.

Nov 3, 2005

No war no peace ! [Jagat 1350m]

Nous quittons ce matin Ngadi pour Jagat, que nous rejoindrons dans le courant de l'après-midi. Notre nuit a été bonne : le lodge était propre et accueillant. Nous sommes donc fin prêts pour rattrapper les heures de marche en moins de la veille. C'est aujourd'hui le premier long jour de marche (environ 6h), mais les dénivelées sont encore raisonnables, ce qui nous laisse le temps d'apprécier le paysage et les particularités du trekking : le chemin est assez fréquenté, par toutes sortes de gens. Par les touristes, qui goûtent, comme nous, aux joies de la randonnée, mais également par les autochtones, qui parcourent des kilomètres à pied pour rejoindre Kathmandou pour passer l'hiver. Il faut dire que l'hiver est rude en Himalaya, et les villageois profitent de la saison touristique pour faire des économies, ce qui leur permet ensuite de subsister plusieurs mois à Kathmandou loin de chez eux. Nous sommes à la fin de la saison touristique, et certains népalais sont déjà en route vers la capitale. Mais il y a également d'autres voyageurs : ceux qui "véhiculent" de la nourriture ou du matériel dans les villages. Ainsi, un troupeau d'ânes nous précède ou nous suit, selon les moments. Les doubler n'est pas une mince affaire, le chemin étant très étroit par endroits. Il nous semble que notre guide a plutôt peur des ânes, ou du moins, il ne les aime pas. Ceux-ci transportent de gros sachets de riz ou même des bidons d'essence. Le plus cocasse, ce sont les porteurs qui emmènent sur leur dos, dans des cages, des poules ou même des petits cochons... qui font l'admiration des touristes que nous sommes.

Nous prenons un déjeuner très agréable à Spanje en face d'une chute d'eau. Je profite de l'intermède pour juger du poids des sacs transportés par notre porteur, Donny. Il porte à la fois mon sac et celui de Guillaume, et j'ai bien du mal à hisser ce poids énorme sur mes épaules sans me croquer le dos. Une fois le sac sur le dos, je me sens comme "skotchée" au sol. Je ne me vois pas du tout refaire ce que je viens de faire avec cette masse sur le dos ! Expérience concluante : ma culpabilité se dissipe !

Après le repas, nous redémarrons pour deux heures de marche où nous pouvons admirer de nombreuses rizières. Nous passons la soirée dans un lodge un peu pouilleux à Jagat, après avoir acheté un très joli bonnet népalais comme tous les touristes qui se sont arrêtés dans ce village.

Dans la soirée, Suké, le guide, nous signale qu'il a un "big problem" : un maoïste a investi sa chambre. Nous devons nous réunir pour l'écouter. Ce qu'il a à dire est très simple : we need to pay ! Sinon, c'est demi-tour. Le racket n'est pas trop important : nous devons nous démunir de 1000 roupies par personne, soit environ 12 euros. Il appelle ça une "taxe", similaire à celle que nous devons payer lorsque nous atterrissons sur un territoire. Ce sont les taxes d'aéroport, qui reviennent à l'état. Les maoïstes, eux, contestent le pouvoir établi. Ils ont leur propre "gouvernement", qui ne voit pas la couleur de ces taxes perçues par les autorités. Ils en ont donc créé une, qu'ils viennent récolter auprès des trekkeurs, via des menaces qu'il s'agit de prendre au sérieux, puisqu'ils sont tout de même armés.

Après s'êtres acquittés de notre "taxe", nous discutons quelques minutes avec le maoïste en question. Il nous explique que pour eux : "No war no peace". Ils estiment que le gouvernement actuel est une dictature, le roi Gyanendra s'étant octroyé les pleins pouvoirs après avoir fait assassiner son propre frère. A l'heure où nous lui parlons, les maoïstes sont surtout présents dans la région du Tibet et dans les montagnes. Ils ne comptent investir Kathmandou et Pokara que dans trois mois environs, car actuellement, c'est la trève. Les maoïstes auraient une armée d'un million de personnes.

C'est ce que nous avons pu comprendre de cette discussion avec celui qui nous appelons "le maoïste", qui parlait l'anglais, il faut le dire, comme une vache espagnole. D'ailleurs, ses explications de certaines métaphores relatives à sa vision de la guérilla sont restées impénétrables...

Après ce petit intermède "politique", nous retrouvons avec plaisir nos plumes pour une nuit bien méritée.

Nov 2, 2005

Momentum is your friend ! [Ngadi 930m]

Pour ce deuxième jour de trek, c'est une courte marche de 2h vers Ngadi qui nous attend. Une fête bouddhiste mobilise en effet tous les lodges du village qui devait nous accueillir. Nous sommes donc résignés à nous arrêter plus tôt, même si ça nous inquiète quant aux heures de marche supplémentaires que nous allons devoir intégrer dans le "programme" prévu pour les jours suivants. Pour l'heure, c'est la découverte d'une spécialité locale qui nous attend : les ponts suspendus ! Bien que la plupart d'entre eux soient en bon état, les premiers que nous avons à traverser ne nous disent rien de bon (surtout moi). Il s'agit, pour les traverser sans encombre, de s'élancer d'un pas décidé et de ne pas trop regarder le fond de la vallée. C'est pareil qu'en vtt : momentum is your friend ! Une deuxième règle de mise est de jeter un oeil aux alentours du pont pour vérifier qu'aucun troupeau d'âne n'a entreprit de le traverser en même temps que vous. Sinon, ballotage garanti ! Enfin, pour les plus peureux, une troisième règle peut également aider bien que ce soit plus psychologique que réellement nécessaire : gardez le gnôme de votre vie pas trop loin, il pourrait éventuellement vous stabiliser ou vous apaiser en cas de grosse secousse ! Ceci dit, expérience faite, il se peut également que ce même gnôme de votre vie s'amuse de votre inquiétude en vous disant qu'il n'y a aucun danger ou en vous montrant, preuve à l'appui, qu'il est même possible de sauter à pieds joints sur le pont sans pour autant se retrouver en bas.

Il faut bien reconnaître malgré tout qu'il n'y a rien de bien dangereux si l'on s'en tient à un point de vue purement objectif. Mais la psy que je suis a fait de la subjectivité son métier, alors ce ne sont pas les quelques 4 ingénieurs du groupe (sur 5 trekkeurs !) qui vont suffire à me remettre sur le chemin de l'objectivité !

Les paysages montagneux qui se profilent à l'horizon au fur et à mesure de notre marche nous font déjà rêver et imaginer ce qui nous attend pour la suite.

Le poids que peuvent supporter les porteurs népalais nous impressionne également beaucoup ! Il n'est pas rare que nous voyions des objets lourds et encombrants noués par une simple corde sur leur dos. Lors d'une petite pause, nous avons pu comprendre que l'un d'entre eux portait 70kgs de matériel sur son dos ! En sachant qu'ils se trimballent ces poids à une altitude qui varie entre 1000m et 5000m, on peut dire qu'ils pètent la forme !

Arrivés à Ngadi tôt dans la journée, nous en profitons pour nous débarbouiller et faire une petite promenade dans les environs du village. Alors que Cyril et Delphine ainsi que Virginie d'ailleurs, s'essayent à une petite ascension, nous partons en direction du torrent, faire trempette. Pour l'atteindre, il faut traverser un petit pont en bambous. Ce n'est pas très stable mais la chute à craindre en cas de faux pas n'est pas d'une hauteur trop importante. Aux abords du fleuve, on peut admirer le riz dont se nourrit la population népalaise.

De retour après notre petite escapade, nous nous asseyons avec Suké et Donny, le guide et l'un des porteurs. Suké nous parle de sa culture et de la répartition des religions au Népal. Les musulmans sont en minorité alors que les hindouistes et bouddhistes sont très nombreux. Tout ce petit monde cohabite dans une grande harmonie, nous dit Suké. Lui, est à la fois bouddhiste et hindouiste, comme beaucoup de népalais. Il ne distingue pas tellement les deux, disant que son coeur prie Dieu sans faire de distinction. Suké fait partie de l'ethnie des Gurung. Il nous apprend que le nom qui désigne l'ethnie est repris dans le nom de chaque népalais. Suké s'appelle donc Suké- son nom-Gurung. Une autre ethnie mieux connue est celle des Sherpas. Mais ceux-ci viennent plutôt du coin de l'Everest. Ces quelques échanges se terminent par un "atelier calligraphie" où Suké et Donny nous mettent par écrit, dans leur alphabet, des mots simples comme "namasté", "Annapurna", etc.

Nov 1, 2005

Annapurna Conservation Area [Khudi 650m]

C'est donc avec Cyril et Delphine, rencontrés lors de notre longue escale à Abu d'Habi que nous entreprenons ce trek. Il y a aussi Virginie, qui s'est jointe à nous via l'agence, ainsi que "l'encadrement" : les trois porteurs et le guide, Suké. En entrant hier soir à Khudi, nous avons pénétré la réserve de l'Annapurna. C'est avec fierté que nous posons à côté du panneau qui annonce l'entrée dans "l'Annapurna Conservation Area".

La végétation est luxuriante. Le paysage est verdoyant et nous laisse découvrir des arbres fruitiers, dont de nombreux bananiers. Lors du trek, nous aurons à voir évoluer le paysage, passant de cet endroit très fourni en matière de végétation, à d'autres endroits plus arides, et puis enneigés. De la même façon, nous verrons la manière de se nourrir varier en fonction de ce qu'offre la nature : de la banane nous passerons aux mandarines puis aux pommes. Nous aurons même l'occasion de manger du yack si le coeur nous en dit, du côté de Manang. Pour l'heure, ce sont les "araignées sauteuses" qui préfèrent ce type de végétation. Guillaume, n'écoutant que son courage, tentera de me rassurer en poursuivant celle qui avait élu domicile dans notre "case"... en vain... ces bestioles sont encore plus rapides que chez nous !

De bonne heure, nous nous extirpons de notre sac de couchage pour apprécier la fraîcheur du matin. La "petite laine" n'est pas superflue. C'est dans la pièce commune que se prend le petit déjeuner. Nous sommes étonnés du choix important ! Notre coeur balance entre des corn-flakes, des chapati (pain népalais dont nous nous rendrons compte assez rapidement qu'il est un peu étouffe-chrétien il faut bien le dire), du poridge, des toasts, des pancakes... c'est byzance ! La boisson conseillée est le thé noir, thé bu par tous les népalais, auquel ils rajoutent du sucre. C'est pas mauvais, même pour moi qui n'aime guère le thé. Nous nous préparons ensuite pour la journée de marche. Les préparatifs seront désormais identiques chaque jour : préparer de l'eau potable (entendez "prendre de l'eau à la fontaine et y mettre un micropur deux heures avant de l'ingérer"), refaire le sac en prévoyant le nécessaire pour la journée à porter sur notre propre dos, déposer notre sac à dos dans le sac à sac pour ensuite le donner au porteur, qui le noue à un deuxième sac pour ensuite porter le tout via un système de portage népalais : les épaules et la tête aident au portage, comme on peut le voir sur les photos. Je n'ose pas imaginer les dégâts occasionnés aux cervicales ! En ce début de trek, nous nous sentons un peu gênés de faire porter nos affaires, même si c'est "la procédure habituelle". Notre culpabilité ira en décroissant au fur et à mesure que l'altitude se fera importante... car bizarrement, à 5416m, je ne pensais plus du tout à cette question de bagages et de cervicales !

Ready ? Go ! [Besisahar 800m]

Départ prévu pour 6h du mat' du guest house, pour être à l'heure pour prendre le bus. Fébriles mais bien réveillés malgré l'heure matinale, nous sortons donc de nos plumes à 5h00 du mat'. Après un rapide dernier "contrôle de sac", nous descendons prendre le petit déj' sommaire pour lequel nous nous étions mis d'accord la veille avec le patron... car partir le ventre vide ne nous tentait guère ! Au pire, j'avais tout prévu en dévalisant avant de partir les rayons "barre de céréales" du Carrefour... mais je préfère les conserver le plus longtemps possible au cas où ! Ben quoi ? Au cas où nous serions pris dans la tempête, ça nous éviterait pendant les deux semaines de recherches intensives organisées par l'Ambassade de France, de devoir opter pour tuer l'un d'entre nous pour nous sustenter ! Au cas où des "grèves d'ânes" causeraient des pénuries dans les lodges qui ne seraient plus ravitaillés ! Au cas où la nourriture népalaise serait mal acceptée par mon estomac capricieux et engendrerait des vagues de reflux divers peu contrôlables et peu agréables lorsqu'il s'agit de marcher toute la journée... autant de possibilités pour lesquelles mes barres de céréales seraient les bienvenues ! Au cas où j'aurais envie de grignoter autre chose que du riz peut-être aussi... m'enfin bon, ça c'est moins probable ! Quoi ?

Ca y est, le taxi arrive. Nous nous entassons, nous et nos sacs, dans la voiture. Quelques minutes plus tard, nous rejoignons la gare des bus. Il y a un nombre incroyable de bus sur et à côté desquels des gens s'agitent pour charger les bagages. C'est un peu la foire.

Nous découvrons ensuite les joies des transports en commun népalais. Ballotage au programme ! Mais la vitesse assez lente à laquelle nous progressons nous rassure : à 30 kms/h, il ne peut pas nous arriver grand-chose ! Erreur ! Un bus crâmé au fond d'un précipice nous rappelle l'insécurité qui règne sur les routes au Népal, due à la vétusté des véhicules, qui sont sans aucun doute plus âgés que nous, et qui en sont certainement à leur troisième vie, après avoir bourlingué ailleurs en Asie. Au Népal, ce sont les rois de la récup', et pour cause : les népalais apprennent à faire avec ce qu'ils ont et y arrivent assez bien. Malgré la pauvreté visible, une grande partie de la population semble arriver à vivoter grâce à de petites récup' à gauche et à droite.

Outre le matériel, le pilotage n'est pas plus rassurant, d'autant plus que le pilote semble chaperonné par trois népalais dont on se demande quelle est leur fonction, mais qui le distrayent plus qu'autre chose.

Nous nous arrêtons pour un arrêt pipi au bout d'un temps qui me paraît court. C'est également la pause repas... sauf qu'il est dix heures du matin et que je ne me vois pas avaler du riz à cette heure-ci. Un buffet est pourtant organisé pour les voyageurs. Méfiants, nous nous interrogeons sur la comestibilité ou du moins sur les dégâts intestinaux que pourrait produire sur nos estomacs encore peu habitués la tambouille qui nous est proposée. Au final, c'est la raison qui l'emporte : personne ne mange.

Le bus poursuit ensuite sa route. Les montées sinueuses dans un paysage verdoyant nous enchantent. Le trajet en bus se termine dans un petit village, où Suké, notre guide, nous propose le repas local : le Dalh Bhat. Il s'agit d'un plat servi à volonté, dont la base est un riz très collant (c'est le Bhat), dans lequel on mélange de la "soupe de lentilles" (c'est le Dalh). C'est servi avec des légumes au curry, un peu de poulet et un espèce de "grand chips" tout gras sans goût. Le plat est délicieux, même s'il vaut mieux laisser le chips de côté. Il s'agit d'apprécier car nous allons en manger quasiment au quotidien... Nous apprendrons par la suite la raison pour laquelle tous les porteurs et guides des treks et expéditions mangent du Dalh Bhat : il s'agit d'un plat bon marché servi à volonté, ce qui permet de se rassasier pour marcher sans trop dépenser ! On peut dire que c'est plus un plat "fonctionnel" que "gastronomique"...

C'est donc le ventre bien rempli et quelque peu rassurés sur les plats locaux, que nous quittons le petit village où nous ne nous étions arrêtés que pour manger. Cette fois c'est le taxi qui nous emmène vers le départ de notre trek que nous attendons avec impatience. Il y a de quoi car le trajet est long et les "obstacles" ralentissent notre progression déjà très lente : des petits rituels ont cours au Népal lors des fêtes locales. Ceux-ci consistent, pour les enfants essentiellement, à arrêter les voitures avec une corde tendue en travers de la route, pour demander un peu d'argent. Ces arrêts fréquents nous permettent de découvrir le folklore local, ce qui n'est pas plus mal.

Une autre sorte d'arrêt est au programme, un peu moins drôle. En tout cas, les népalais n'ont pas l'air de rigoler : les militaires ont baissé des barrières, empêchant les véhicules de passer. Nous, touristes, pouvons rester dans le taxi... mais les népalais doivent faire le chemin qui sépare les deux barrières à pied. Guérilla oblige ! Il s'agit pour les militaires de sécuriser la région et de faire barrage aux maoïstes éventuels qui tenteraient de passer.

Les 8h de trajet se terminent par 2h de marche pour rejoindre Khudi, dans un lodge à la propreté toute relative. Eau froide, toilettes à la turque, petite case pour dormir. C'est pas mal mais un peu crade. Il va falloir que je m'y fasse. Je crois que le plus dur pour moi va être de supporter l'état des douches !

Oct 31, 2005

Profession : "vendeur de couleurs"

C'est à Durbar square que le taxi nous dépose ce matin, au beau milieu d'un brouhaha incroyable et d'embouteillages monstrueux. Très peu affectés par l'ambiance et les distractions que pourraient occasionner les bruits de klaxons et les gens en nombre qui se massent autour d'eux, les vendeurs de fruits trônent sur des grands draps étalés par terre, où ils ont entassé de nombreux fruits qui colorent les rues.

Les "vendeurs de couleurs" leur font concurrence, proposant carrément des pigments très "flashs" dans le cadre de ce qu'ils appellent leur jour de festival. Nous apprendrons par la suite que ces pigments ne se vendent qu'en ces jours de fête et qu'ils servent à décorer les devantures des magasins, mélangés à des pétales de fleurs et quelques bougies. Il nous a semblé observer que ces "rosaces" tracées sur la route étaient prolongées d'une grande "queue" joignant le cercle au tiroir-caisse du magasin... Peut-être s'agit-il d'un rite pour que la "pêche aux touristes" soit fructueuse l'année qui suit ?! La préoccupation des népalais en cette saison est en effet entièrement focalisée sur le touriste qui se fait accoster en moyenne trois fois par minute.


Si la pêche aux touristes est un sport difficile, la pêche aux népalais l'est nettement moins. Il vous suffit pour cela de ralentir le pas pour jeter un oeil sur une carte quelconque et le tour est joué ! Vous en défaire sera nettement moins aisé par contre...

Nous passons le reste de la journée à Bhaktapur, après quelques kilomètres effectués en taxi, duquel nous avons tout le loisir d'observer les habitants se déplacer à pied sur de longues distances, même chargés de ballots de paille.

La ville est ancienne et calme, les véhicules à moteur étant interdits. Nous nous laissons tenter par les très nombreux objets artisanaux proposés et nous baladons tranquillement dans les ruelles de cette jolie ville, qui sera celle, au bout du compte, qui nous aura le plus séduits.

Le must de la promenade fut sans hésitation le cyber café à l'étage d'une maison délabrée. Quel décalage entre Bhaktapur, ses habitants, cette maison quelque peu glauque, et la présence d'une connexion internet !

La soirée fut consacrée à quelques achats en vue du trek du lendemain, et à la rencontre de la cinquième trekkeuse, Virginie, en compagnie de laquelle nous avons rapidement pris notre repas avant d'aller dormir pour être prêts à 6h15 le lendemain.

Jamais sans mes tongues !

Lessivés, nous n'en sommes pas moins impatients de découvrir Kathmandou, dont nous avons eu le temps de nous faire conter le charme par Jean-Claude, un passionné du Népal. "Le Népal, on n'y va pas, on y retourne !", paraît-il. Intrigués par tant de verve, c'est donc curieux et fatigués que nous avons abordé cette première journée au Népal.

Quelque peu encombrés par nos sacs, nous nous élançons vers la sortie de l'aéroport, où nous ne sommes pas seuls : des dizaines de taximen nous accostent, nous prenant quasiment nos bagages des mains. C'est la jungle !

Sortis indemnes de cette "foire aux taxis", nous voilà installés dans l'un d'entre eux, en direction de notre hôtel. Le court trajet qui relie l'aéroport à Thamel, le quartier touristique de Kathmandou, est suffisant pour nous dépayser d'emblée. Dès cet instant, nous savons que nous allons vivre une expérience un peu spéciale !

Mieux vaut ne pas regarder la route pour éviter l'infar... la route est bondée de multiples engins, piétons et animaux... les népalais roulent à gauche, parfois à droite quand ça les arrange... Ca klaxonne à tout bout de champ et ça zigzague tout autant. Les routes ne sont pas toutes macadamisées et la notion de trottoir est totalement inexistante.

Arrivés à l'hôtel sans encombres, nous découvrons les chambres du guest house choisi dans le guide du routard. L'endroit a l'air convivial. Beaucoup plus que la salle de bain, en tout cas. Une chose est certaine : je ne me laverai pas sans mes tongues !

Kathmandou, ville de tous les paradoxes

Première balade à pied et première visite : Swayanbunath. La marche pour s'y rendre nous amène à rencontrer les populations népalaises dans leurs occupations quotidiennes. Pauvreté et manque d'hygiène au programme. De nombreux enfants nous accostent en lançant fièrement un 'Hello' à notre passage. Outre les enfants, il s'agit de se défaire rapidement des nombreux commerçants ambulants si l'on ne veut pas s'engluer dans des politesses qu'ils n'entendent pas. Tout est à vendre : bijoux, objets d'art, vêtements, visites guidées, renseignements.

Longue trotte à pied pour arriver au pied de l'escalier de Swayanbunath, aussi appelé le Monkey Temple. Les marches usées glissent - surtout au retour. Nous sommes accueillis par des singes plutôt agressifs, qui s'en prennent surtout aux gourmands, essentiellement les petits naïfs et sans défense (entendez les enfants), qui ne se méfient pas assez de ces singes si mignons ! Nous avons d'ailleurs eu l'occasion d'assister à deux embuscades bien menées par ces chers singes. Leur butin : une glace et un paquet de cacahuètes.

Swayanbunath est considéré comme l'un des premiers sanctuaires bouddhiques du monde. Le décor est celui de tous les sanctuaires bouddhiques : de nombreux moulins à prières, et des petits stupas en haut des marches.

Le soir, repas au Four Season's après de longues recherches d'un lieu qui nous paraît suffisamment hygiénique. En ce début de séjour, il ne s'agit pas d'être malade ! Et nous ne savons pas encore très bien à quoi nous en tenir en terme de précautions à prendre.

Une courte balade pour digérer dans les rues de Thamel, fatigués par le bruit des klaxons tout au long de la journée, et notre périple en avion de la vieille. Nous rentrons rapidement à notre guest house, impatients d'avoir toute la journée du lendemain pour visiter. Nous nous endormons en pensant à cette journée passée, qui nous semble tellement surréaliste... L'ambiance de cette ville nous intrigue. C'est la loi de la débrouille, de la négoce, des bons plans et des 'good prizes'. Tout va très vite et en même temps, les népalais sont très zen. Nous avoisinons le 'toit du monde' et ça sent la pollution à plein nez... (nombreuses sont d'ailleurs les personnes affublées d'un masque 'anti-pollution'). C'est très touristique tout en étant très 'pittoresque' : entre deux commerces, on voit comment les gens vivent au quotidien, de ventes ou bons plans divers. C'est la ville de tous les paradoxes !

Oct 29, 2005

Après les 24h de Francorchamp, les 26h d'Abu d'Habi !

Un an après notre trek inoubliable au Népal, alors que le roi Gyanendra trônait encore sur son "trône en chocolat", je me décide à prendre la plume. J'avais envie de replonger une dernière fois dans mes souvenirs du Népal, avant d'y ajouter de nouveaux, que notre prochain trek, programmé fin août dans l'Himalaya indien cette fois, ne manquera pas de nous procurer.

Nous sommes en 2005... départ samedi 8h00. C'est pas trop tôt : ça fait des semaines qu'on décompte les jours avant le grand départ ! Itinéraire prévu : Paris - Abu d'Habi et Abu d'Habi - Kathmandou.

Arrivée lundi midi à Kathmandou, heure locale. Soit 47h45 de voyage... grâce à Gulf Air, compagnie peu fiable pour ne pas dire compagnie de m... qui nous a gentiment fait poireauter 26h à Abu d'Habi. Alors c'est pas qu'on n'aime pas les Emirats mais le but du voyage c'était tout de même le Népal !

Gros dodo sur les sièges de l'aéroport, puis devant les guichets de la compagnie, puis finalement à l'hôtel de l'aéroport, après avoir fait marcher notre grande g... ceux qui en avaient une moins grande n'ont pas eu notre chance. Dodo entrecoupé de réveils nombreux, donc, nécessaires pour ne pas manquer les boarding virtuels organisés par la même compagnie... histoire de nous maintenir en haleine. On a d'abord cru à un jeu télé basé sur la résistance des candidats. Finalement on s'est mis d'accord sur une conclusion plus crédible : c'est le foutoir !

Ce préambule peu engageant nous a tout de même permis de rencontrer d'autres âmes en peine dans l'aéroport, et de faire alliance. Cyril, Delphine, Jean-Claude et les autres... c'est toujours moins ennuyeux de s'ennuyer à plusieurs !